09 mars 2006

Le Belvédère, de Ödön von Horvath

Jacques Vincey dit avoir eu envie de mettre en scène la pièce, écrite en 1926 par l’auteur âgé de 25 ans, parce qu’à sa première lecture il ne l’avait pas comprise. Il l’a relue et veut prendre le spectateur à témoin de sa complexité sournoise avec critique de la société d’alors, ou de toujours. Des dominos posés sur le plateau dessinent un podium pour défilé de mannequins. Pantalon noir, torse nu, sur une musique exotique, un homme jeune, sourire goguenard, se trémousse. Au lointain des comédiens sont sagement assis sur leurs chaises. Didascalies en voix off et distinguée. L’hôtel : le Belvédère (endroit dont on devrait jouir d’une vue intéressante sur ce que l’on domine) a pour unique cliente et bailleuse de fonds Ada, baronne archi-mûre qui se dévergonde avec le personnel masculin. Elle est campée par un Jacques Verzier, à l’abattage hallucinant. Un chauffeur, le patron, et ce serveur qui ondulait au début, tous désabusés, racontent comment, vaguement opportunistes ou simplement largués, ils se sont temporairement recyclés là. Item, un homme à casquette, représentant d’une maison de vins, présence et rire gras. Débarque le frère jumeau de la baronne, Emmanuel, aussi roux qu’elle, mais mesurant une tête de moins, criblé de dettes, mini-héritier de gentilshommes dont il a hérité le langage, la volonté de plastronner, de manipuler. Hélène Alexandridis est étonnante d’autorité dans le rôle. Que Christine, jeune fille fraîche et probablement sincère (Jeanne Henry), arrive à son tour, pour se jeter dans les bras du patron avec qui, à l’hôtel, elle aurait passé l’année précédente des nuits qui… Les bonshommes titillés décrètent qu’ils ont tous eu des aventures avec elle. Cynisme et machisme. Mais il y a cet intermède suave où tous chantent un air de valse viennoise, à voix complémentaires. Au trois, les éléments de décors recyclés sont devenus portes pour chambres d’hôtel. Ca sort, ça rentre, ça fait des interventions et des tentations de mises au point nocturnes. Christine, dont l’amant épisodique ne veut plus entendre parler, s’apprête à prendre le train de 5 heures 07, escortée ou non par ceux qui prétendent l’avoir séduite, mais lui colleraient bien aux semelles parce qu’elle a avoué incidemment avoir hérité de 10.000 marks. Le baron, impécunieux l’épouserait même. Elle affirme que dans ses tribulations Dieu l’a aidée (à quoi, mon Dieu ?),mais elle s’en ira, elle est comme ça. Fin. Vous voilà démystifiés, théâtre dans le théâtre aidant, une fois encore.

Mise en scène Jacques Vincey. Avec Hélène Alexandridis, Guillaume Durieux, Jeanne Herry, Olivier Rabourdin, Philippe Smith, Stanislas Stanic, Jacques Verzier.
Théâtre de Gennevilliers, jusqu’au 26 mars, le mardi à 19h30, du mercredi au samedi à 20 h30, dimanche à 16 heures. Téléphone: 01 41 32 26 26