24 mars 2006

Les cuisinières, de Goldoni

Texte français et adaptation (leste, et mise à la page) de Justine Heynemann et Sonia Leplat.

Qualifier ce spectacle de débridé serait un euphémisme, une cuistrerie. Tenter de le raconter, c’est envisager un marathon. Décider qui est le personnage principal, il faudrait le tirer au sort. Mais vous dire qu’il s'agit d’une thérapie plus que d’un euphorisant, c’est vouloir lui rendre justice. Les cuisinières sont-elles « soubrettes, femmes de chambre, lavandières ou bonniches » ou « voleuses, coureuses, coléreuses, rapporteuses »? Disons, entremetteuses d’abord. « Cuisinière, ça veut pas dire Sainte Vierge » et « On sera sages quand on sera mortes ». (Et quand on aura gagné assez d’argent en plumant les patrons, on rentrera au pays). Entre ces pôles de leur philosophie, s’intercale un salubre carnaval. Tout y est permis, masques, échanges d’identités, jeux de rôles. Plus une petite embrouille gérée par la vibrionnesque servante Zanetta. Un monsieur dûment marié est amoureux de sa patronne, femme à tendance hystérique avec époux aux abonnés absents. Il veut lui faire parvenir une bague. Portée par elle, ce serait le signal qu’elle est sensible à ses avances. Zanetta vendra la bague à sa patronne, prétendant en ignorer l’origine. Elle garderait l’argent, sa maîtresse la bague, et le volage ses illusions. Bien sûr, ça ne se passera pas comme ça. Prenez un shaker, déversez-y chansons punchesques sur fond de musiques rock ou techno, avec décibels et musiciens intempestifs, un décor peuplé de maisons sur pilotis, au travers dequelles on devine les personnages au quotidien. Secouez. Les décors on swingué. De part et d’autre d’une salle de boîte, des slogans: « Jouez, Riez, Osez », s’affichent et vous allument. C’est la formule de la soirée. Les comédiens sont plus toniques les uns que les autres. Pourquoi déclarerait-on sa flamme au plus juvénile d’entre eux, Momolo, façon Chérubin (Pablo Véléro), à Zanetta (Pétronille de Saint-Rapt) pétaradante chéfesse de bande, à sa consoeur Rosega (Sophie Artur) à l’abattage prodigieux. Et aussi à Pierre Trapet et Jean-Paul Moulin, petits-vieux en costumes-cravates, se congratulant, et dont les cuisinières sont leurs gouvernantes voire parfois plus encore, hé hé ! Leurs neuf autres camarades sont tous excellents. Ce Goldoni revisited donne un agréable tournis.

Théâtre 13, jusqu’au 16 avril. Mardi, mercredi, vendredi, samedi à 20 h 30, jeudi à 19h30 et dimanche à 15h30. Téléphone: 01 45 88 62 22