30 mars 2006

A Woman of Mystery, de John Cassavetes

Effectivement, au bout de trois actes, des mini-mystères demeurent, après qu’une mince illusion ait opéré. Tout a peut-être tenu en une journée, ce n’était peut-être qu’une divagation moyennement cauchemardesque, même et surtout si ce qui a été dit ou joué ne nous a pas concernés outre-mesure. Une succession d’intermèdes à renfort d’accessoires simples a évoqué des cafés, des hôtels où transite cette clocharde pas vraiment céleste, ni métaphysique. Mais on a entrevu, en flashes, des séquences de la Ballade du Café Triste, ou de Bagdad Café. Atterrissons. Pour Cassavetes seule compte ‘Elle’, dont on ne saura pas le nom. Elle est omnipotente sur scène, omniprésente entre les tableaux, pendant les changements de décors, devant ou derrière le rideau et même dans la salle. Emmitouflée dans un manteau miteux, déhalant deux valises au format désuet, elle pérore, raconte sa vie. Tout y passe: ce qu’elle aime, n’aime pas, ce qui l’intéresse ou pas, ses peurs, ses obsessions, son rapport à l’argent et son code moral personnel. C’est formulé tout-à-trac ou d’un manière alambiquée qui ne la satisfait pas vraiment, semble-t’il. Peut-être n’est-ce qu’une question de traduction. Mais ça repart. Trimbale-t’elle huit millions de dollars dans ces valises ? (bien sur que non!) A-t’elle mis au monde une ou même deux filles, qu’elle aurait abandonnées, dont cette forcenée qui la revendiquera comme mère jusqu’à la fin ? Les occupants de son microcosme sont des pantins-fantoches, mais les comédiens qui les jouent ont une épaisseur sympathique. Bravissime Myriam Boyer qui donne à fond toute sa chair, son intelligence, sa voix et son énergie gouailleuse à ce qui, au rugby, ressemblerait à un essai transformable. Un cinéaste, même s’il possède une parfaite culture théâtrale, peut-il se rêver ou s’improviser auteur dramatique? A vous d’en juger.

Mise en scène de Marc Goldberg, avec Myriam Boyer, Brigitte Damien, Philippe mercier, Karina Beuthe et Stephen Szekely.
Vingtième Théâtre, jusqu’au 7 mai, du mercredi au samedi à 19h30, dimanche à 15 h.
Téléphone : 01 453 66 01 13