24 avril 2006

Audiberti et fils, textes de Jacques Audiberti

Un fauteuil en osier, une table de jardin, deux-trois chaises pour square et empilées, un porte-manteau et un projecteur ordinaire. Larges lunettes, chapeau et costume noirs, l’homme assis à la table annote un cahier dont il tourne les pages. La gourmandise avec laquelle il manie son stylo suggère un amour de la chose écrite. La parole prend ensuite possession de l’espace. Face à l’écriveur: un jeune homme, chemise et pantalon blancs, pied nus. Selon l’univers audibertien recomposé par Marcel Maréchal, c’est le fils qu’il fait mine de renier, parce que le jeune homme veut rester berger lunaire, amoureux d’une fée, donc indigne de son géniteur, boucher de son état. Première séquence père-fils. Marcel mis en voix, Mathias a contre-attaqué. Selon les poèmes, extraits de pièces, de romans ou d’essais, le propos se précise sur fond de filiation aussi intellectuelle et spirituelle que charnelle, soit celle qui unit Marcel et Audiberti, Marcel et Mathias. Il est vite question de la poésie qui est « au bord de la boxe et du cinéma » et de déchirures. Un dieu peu convaincant se décline en trois: « Le vieux, le pigeon et moi». Soit encore des révoltes salubres, mais, surtout, ligués contre toute malignité qu’ils liquident en douce: les mots. Marcel en est épris tout autant que son auteur, il les enfourche, les tient en laisse, un beau tournis vous gagne. L’interview finale d’Audiberti-Marcel faite par un Mathias plein d’aplomb et de sollicitude est éblouissante et à l’image du spectacle: aucune complaisance ni temps mort. Main dans la main avec Mathias, Marcel, aux saluts, arbore un sourire qui est un cadeau de plus fait au public.

Adaptation et mise en scène de Francois Bourgeat, avec Marcel Maréchal et Mathias Maréchal.
Le Lucernaire, du mardi au samedi à 18h30, jusqu’au 10 juin. Téléphone : 01 45 44 57 34.