29 avril 2006

A court de forme, textes d'auteurs variés

Textes de Maxime Pecheteau, Diogène Laërce, Georges Bataille, Heiner Müller, entre autres, joués par une demie-douzaine de troupes.

La formule est souple et attrayante: chaque soir on découvre un enchaînement de textes dits « formes courtes » dont les quatre premiers sont les mêmes, mais le suivant varie chaque semaine. Une démarche semblable fédère des troupes dont les univers, cousinant au départ, ont vite fonctionné en symbiose, d’où la cohérence et l’impact du spectacle. Cette semaine il démarre avec No logo, création de Maxime Pecheteau. Un jeune homme, authentique fils de pub, cerné par ce monstre tentaculaire, aspiré par les images qu’il absorbe, tente de les recycler, l’art revendiquant sa légitimité. Il mouille la chemise, son analyse et son discours percutent. Sur un plateau volontairement nu, déferlent ensuite comédiens, metteurs en scène, régisseurs, ou ceux qui jouent à l’être, ils changent le décor, font basculer les accessoires. La mystification est plus que jamais la métaphore du théâtre. Les Monstres philosophiques d’après Diogène Laërce fonctionnent paradoxalement: les discours de Diogène le Cynique, Héraclite et la clique sont d’une rationnalité insoutenable, on a l’impression d’être en cours de philo, face à ce prof rasoir à qui on faisait des pieds de nez, pour ne pas dire pire, dans le dos. Mais ces Grecs se dé-drapent plus souvent qu’ils ne se drapent, l’ambiance est priapique, ça dérape. On rit. Là où le rire se fige, c’est quand débarque Le Mort, d’après Georges Bataille, dont les écrits ont fait béer d’aise et titiller vos arrière-grands parents avant l’avènement des films ad-hoc. Les corps nus et superbes de la femme et de ses partenaires masculins ne deviendront jamais synonymes d’érotisme, quant au sujet très mince… soyons charitables, faisons le mort. L’Espèce Humaine de Robert Antelme, récit troublant et vrai questionnement, est devenu un gag. Des comédiens baillonnés en donnent une extrait inaudible, la compagnie qui le montait s’étant vu refuser les droits d’auteur à la veille de jouer. Mais, là encore, tout est cohérent, puis que c’est d’incohérence qu’il s’agit. La Sainte Famille d’Heiner Müller est joyeusement impie, farcesque, grossière sans être vulgaire, parce qu’une réflexion la maintient en orbite: Hitler (qu’un comédien fait coïncider avec sa version chaplinesque du Dictateur) et son pitoyable microcosme sont éliminables par un certain rire. Ouf ! Les lumières et les musiques sont vigoureuses et une équipe de dix-huit comédiens efficaces communique son enthousisame et son allègresse à la salle.

L’Etoile du Nord, jusqu’au 19 mai, du mardi au vendredi à 20h30.
Téléphone : 01 42 26 47 47. Pour les ateliers, attractions, expositions et concerts qui font partie d’A Court de Forme: www.etoiledunord-theatre.com.