15 avril 2006

Dieu n'est pas un saint, d'après Marie Noël

Marie Noël débordait de tant de sollicitudes, qu’un conseiller spirituel lui enjoignit: « Surtout ne tombez pas dans les bonnes œuvres. Vous n’avez qu’une bonne œuvre à faire, la vôtre ». Entendez aussi l’œuvre poétique, dont ces Notes Intimes admirables. Tiraillées entre sa lucidité et son amour du père céleste, elle se décrivait à vingt-cinq ans comme « maladive, gauche et presque laide » Arrière petite-nièce, ou petite-filleule qui la raconterait ou la reprendrait à son compte, Herrade von Meier, fraîche et charmante, ressemble à celle qui était en fait « joyeuse, maligne et gaie ». Elle danse pour célébrer l’esprit de Dieu, ses victoires, l’interpelle, le met crânement en demeure de résoudre les paradoxes et les contradictions dont son enseignement est apparemment pétri : « Si vous aimez les morts pourquoi avez-vous créé la vie ? » Puis la souffrance fait place aux joies de tous les jours, l’amour de la campagne, de la nature, la soif d’amitié. L’humour et la jovialité de la poétesse affleurent au détour de chaque phrase, chaque poème ou récit, avec aussi ce perpétuel étonnement devant la générosité qui a présidé à la création d’un univers pas toujours déchiffrable. La comédienne virevolte, sourit, s’adresse aux spectateurs, se fige un temps, s’assombrit et redevient cette femme attentive « posée au monde, tout au bord », que toute douceur fait fondre, et qui, le temps des douleurs dépassé, va vers « la pleine lumière de Dieu ». L’enchaînement des textes choisis par Herrade et la manière dont elle les investit fascineront ceux qui aiment l’auteur et ceux qui la rencontreront, mais qui s’étaient peut-être demandé pourquoi Dieu ne serait pas un saint : « Parce que le saint c’est quelqu’un qui n’est rien. Mais par ce rien, Dieu passe. »

Montage et interprétation par Herrade von Meier.
Théâtre du Nord-Ouest le 21 avril à 19 h, les 19, 20, 25 mai et les 3, 10 juin à 19h. Le 17 juin à 17h. Téléphone : 01 47 70 32 75