11 avril 2006

Doute, de John Patrick Shanley

En prologue, un sermon où il est question de désespoir qui unit, de solitude qui mène au doute et d’un doute qui réunit. En chaire, le Père Flynn. Il est responsable de la catéchèse et de l’enseignement sportif à l’école catholique Saint-Nicolas tenue par les Sœurs de la Charité, dans le Bronx. Ceci se passe l’année suivant l’assassinat du président Kennedy. Toutes précisions historiques qui sont faites pour relativiser les choses, ou les ré-actualiser, tant le propos de départ n’est même plus ambigu. Vatican II est passé par-là, il faudrait aller vers « une éducation progressiste et une Eglise accueillante ». Maître-mot: la gentillesse. Noir. La lumière remonte, et ça démarre mal. Conversant avec, ou plutôt auscultant sa sœur James, jeune professeur voici Sœur Aloysius, directrice de l’établissement cité plus haut. Antipathique, pleine de fausse sollicitude, auto-satisfaite (mais qui assène: « la satisfaction est un vice »), soupçonneuse à la limite de la paranoïa, elle enchaîne aphorismes sur maximes et traits d’esprit aussi fumeux que péremptoires. « En noir et blanc, nous ressemblons plus à des dominos qu’à autre chose ». "Parfois les choses ne sont pas tout noir ou tout blanc". « Un chien qui mord est un chien qui mord ». On se dit: quel interêt y a t-il à mettre sur scène des personnages malsains, à la limite morbides, qui ne sont que des agents d’une provocation gratuite. L’interrogatoire qu’elle fait subir à son inférieure hiérarchique se double d’un procès d’intention. Le discours est assommant, le style et l’écriture bavards sont pourris par l’obsession du détail qui fera vrai. La pauvre Soeur James est écrabouillée d’emblée, le spectateur est tenté de fuir. Pourquoi reste-t-il ? Par sympathie pour cette fausse-gourde qui verra peut-être clair, sera touchée par la grâce ? On a vite flairé les trucages. La pièce n’a rien à voir avec son titre métaphysique, c’est de soupçons et de ragots qu’il s’agit. La suite est un polar larvé. Comment faire avouer à quelqu’un ce qu’il n’a pas commis ? En mentant, n’est-ce pas, chère Aloysius ? Le père Flynn a-t-il fait boire du vin de messe à son enfant de chœur, Donald, douze ans, l’unique jeune black de l’école, pour en abuser ? La mère du gamin, convoquée au bureau directorial n’est que bon-sens et concentré de clichés aussi rabâchés que ceux de la soeur inquisitrice. La sœur James incriminée car elle n’a pas assez espionné les élèves et le prêtre, pleurniche, envisage même de se révolter. Le Père Flynn fait face aux insinuations, se démonte, est viré de l’école mais promotionne. Aloysius craque à la toute fin: « Lorsqu’on s’attaque au méfait, on s’éloigne de Dieu. Bien sûr qu’il y a un prix à payer ». Lequel ? On s’en fiche, ça fait belle burette qu’on a décroché.

Noémie Dujardin, Thierry Frémont, Dominique Labourier et Félicité Wouassi évoluent dans un décor plus que sobre de Charlie Mangel. Ce sont d’excellents comédiens. La critique est unanimement louangeuse. La pièce a reçu un Prix Pulitzer, et Roman Polanski, le metteur en scène, a eu droit à une standing ovation le soir de la première.

Théâtre Hébertot, du mardi au samedi à 21h, matinées samedi à 18h et dimanche à 16 h. Téléphone : 01 43 87 23 23