24 avril 2006

Georges Schehadé, le nageur d'un seul amour

"Il y a loin
En Asie joliment longue
Le nageur d’un seul amour »

En 1972 Schehadé terminait ainsi son recueil intitulé Poésies V, et quatre ans avant sa mort, soit en 1985, paraissait Le Nageur d’un seul amour. Lara Bruhl, dont on imagine qu’elle est celle qui «Yeux noirs cheveux noirs/ Et maintenant toutes les beautés de l’ombre / Sur ses épaules» apparaît au poème XIII, a choisi des extraits de pièces et des poèmes de celui qui, après l’Egypte de sa naissance et le Liban de ses ancêtres, n’effectua son premier séjour en Europe qu’à l’âge de 28 ans. Il y avait déjà été salué par les surréalistes, et Eluard. Lara a pour partenaire François Négret qui lui ressemble étrangement, tant il semble, comme elle, découvrir ce qu’il dit à chaque mot, à chaque image, et nous le livre avec une même ferveur âpre. Entre nostalgie, désarroi et cocasserie, l’auteur est à nous, dans l’encens et la brume, entre les vagues, la mer et mort, les oiseaux, les fleurs et l’enfance : « Ô mon enfance ô ma folie». Mais jamais rien qui pèse ou attriste. Des personnages de théâtre visitent son univers, des animaux, des poules, dont le rêve secret est que le renard un jour soit enfermé et prisonnier d’un monastère. Les comédiens n'ont convié que très peu d’objets ou d'accessoires: un tambour dont ils jouent à peine, un chien en peluche plus vrai qu’un vrai, la voile empruntée à un bateau dont ils se couvrent. Tout est d'autant plus chargé de sens et de symbolique. Allongés sur le sol, s’étreignant soudain, relayés par la musique de Mickaël Barre ou interpellés dans la pénombre par une voix off, ils ont si bien fait leur l’espace de la salle Lautréamont où la proximité avec le public est une exigeance des plus hautes, que les spectateurs en ont le souffle court.

Montage du texte et mise en scène: Lara Bruhl
Théâtre Molière, mercredi à 19h, jeudi, vendredi, samedi à 20h30, dimanche à 17h. Téléphone: 01 44 54 53 00. Jusqu’au 21 mai.