06 avril 2006

A la renverse, de Michel Vinaver

Mise en scène de l’auteur, avec la complicité de Catherine Anne.

Une aire de jeu délimitée par un cercle au sol. Fontaine à eau latérale. Au centre deux tables, à la périphérie trois podiums avec bancs et tables gris-suie. Tout décor élaboré engendrerait une illusion. Vinaver est contre et privilègie la mise « en rythme » de ses personnages. Ils entrent pour s’asseoir parmi les spectateurs. Un jeune homme accomplit des tours de piste générant un tournis nécessaire et commence la saga d’une firme pré-soixante-huitarde qui fabriquait des pommades aux vertus confirmées. Ses perspectives et objectifs se trouvent soudain rajeunis par un chimiste formulateur de produits bronzants. Peau mate soit santé resplendissante. Les fonds manquent pour lancer l’affaire, bref, mais à Cincinnati un malin achète le concept. En contrepoint un interviewer télé suavement apitoyé, recueille semaine après semaine le témoignage de Bénédicte de Bourbon-Beaugency dont l’agonie suit l’évolution de mélanomes causés par son exposition à l’astre-roi. Princesse, ex jet-setter, on lui avait expliqué qu' "il
était bon qu’il y ait des riches pour donner aux pauvres l’envie de sortir de leur pauvreté". Elle a ensuite lu Marx et compris que « le pouvoir durcit les cœurs des gens qui l’excercent ». Sa mort imminente fait plonger la vente des produits solaires. La peau blanche est redevenue la norme en matière d’esthétique. Bronzex licencie. Grèves, occupation de locaux, et enfin reprise par les plus malins de ce qui se mue en coopérative ouvrière, destinée à la commercialisation de produits clones des pommades originelles. Car si la roue tourne, « en tournant elle avance », clame un représentant superbement motivé. Ce qui serait du cynisme brutal chez un auteur vraiment amer, devient chez Vinaver une médecine du genre douce. Sourcil levé, regard aigu, sourire plus amusé que crispé, il raille stratégies mercantiles et asservissement via votre capitalisme ordinaire, toutes choses qu’il connaît trop bien de l’intérieur. Dans l’arène vingt comédiens et comédiennes tous excellents sont les 29 cadres et employés du microcosme. Ils défilent, se succèdent, gesticulent, se coupent la parole, s’interpellent. Conversations privées et interviews excentrées, ils se rejoignent, commentent. En chœur, vigoureusement, ils scandent les mots d’ordre des patrons et les slogans qui raniment l’esprit d’équipe et d’entreprise. Micro-oratorio décapant et jubilatoire, sans l’ombre d’un temps mort. A la fin de cette célébration à allures de pied de nez la ronde d’acteurs, la main dans la main, est carrément ovationnée.

Théâtre Artistic Athévains, mardi à 20 h, mercredi, jeudi à 19 h, vendredi, samedi à 20h30, samedi et dimanche à16h. Téléphone : 01 42 81 35 23.