17 avril 2006

L'école des femmes, de Molière

Après avoir longtemps rêvé de jouer Arnolphe elle est passée à l’acte. Démarche funeste. Coline Serreau n’habite pas le personnage, préférant régler ses comptes avec le machisme bourgeois et consensuel de l’époque. Soit un combat d’extrême arrière-garde. Pire, elle se soucie comme d’une guigne de toucher le spectateur. Le quadragénaire misogyne selon Molière était troublé par la pupille qu’il avait résolu d’épouser. L’attraction entre des êtres qui ne l’ont pas prévue, et ne peuvent ni ne veulent la rationaliser est au cœur de la pièce et Coline l’énonce bien. Mais, fée carabosse, elle se contorsionne, grogne, éructe, en fait des tonnes, et noie presque son personnage comme dans un évier dont elle est prête à lever la bonde. Il surnage sous forme de vague prétexte, de fil de moins en moins conducteur. Le reste est pourtant excellent. Des rideaux somptueux constituent le décor, ils s’effondrent quand les certitudes d’Arnolphe vacillent, on découvre alors d’autres tentures aux couleurs plus tendres, préfigurant l’espoir ou le triomphe de la jeunesse. Les costumes affichent une asymétrie vengeresse. Agnès est une belle plante, à l’aplomb d’enfer, Horace, escogriffe émoustillé, metteur de pieds dans le plat, a la bougeotte, ses camarades également, qui gambadent dans les autres rôles. Les discours longuets, prêchi-prêcha, sont rapés sur un mode bon enfant. Les serviteurs d’Arnolphe sont des chenapans, leurs pieds de nez vachards dans le dos du maître ravissent autant que les bonds vers les cintres du notaire, acrobate de service. Divertissement et ballet dézingué, facétie oblige. La troupe entonne a capella un chant final aux harmonies anciennes. Lycéens et autres publics confondus, le bonheur est dans la salle.

Théâtre de la Madeleine, du mardi au samedi à 21, samedi en matinée à18 h, dimanche à 15 heures. Téléphone : 01 42 65 06 28