02 avril 2006

Rimbaud le fils, de Pierre Michon

Le titre évoque une filiation, et au départ il est fait allusion au père du poète, qui ne lui « parlera jamais » et déserta la famille, à sa mère Vitalie « la carabosse », mais c’est plus la désaffiliation littéraire d’Arthur et sa vraie révolution qui ont fasciné Pierre Michon. Philippe Renault le metteur en scène, fait en sorte que les qualificatifs anathémisants de récupérateur ou d’anecdotique ne s’appliquent pas à un texte de plus ‘autour’ du Rimbaud des débuts. Sa structure composite, à l’appui d’une démonstration passionnée, inclut certains poèmes parmi les plus connus: A la musique ou Le dormeur du val, et des extraits de lettres. Célébrissime, celle datée du 13 mai 1871 est adressée à son ancien professeur : Georges Izambard. « Je serai un travailleur », puis: « Travailler maintenant, jamais, jamais; je suis en grêve ». Et encore: « je veux être poète, et je travaille à me rendre voyant (…) Il s’agit d’arriver à l’inconnu par le déréglement de tous les sens ». C’est cette violence, cette déraison, la démesure, ses limites, mais aussi la lucidité du personnage qui ont inspiré Pierre Michon. Côté rétrospective, des allusions aux évènements-jalons de l’histoire de Rimbaud s’enchaînent: le choc des évènements liés à la Commune, entre autres, mais leur embrasement commun à Verlaine et à lui, est un passage fulgurant qui renvoie à la mièvrerie ou au voyeurisme tous les autres récits de l’épisode. Audrey Meulle et Cédric Simon sont en pantalons et pulls ordinaires. Leur mission est d’être des passeurs intemporels, qui disent et jouent, et chantent une partition. Audrey a une voix puissante, et devant un micro hurleur, Cédric est à la guitare éléctrique, ses accompagnements sont aussi nostalgiques que contemporains. L’élément unique de la scènographie est un cadre blanc, monté sur roulettes, qui, horizontal, figure une table et vertical, devient écran pour y recevoir des images fixes ou non, ou constitue la métaphore d’un partenaire qu’on empoigne, avec lequel on danse frénétiquement. Les lumières et les noirs sont aidants. Côté comédiens, lui joue le côté buté du poète, ses dégouts ou ses débuts de combats grandioses, elle a le rôle plus délicat de la commentatrice qui est moins l’image de la mère mauvaise que celle des muses et anti-muses du poète. C’est âpre, rugueux, habile.

Théâtre Les Déchargeurs, du mardi au samedi à 20h. Téléphone : 0892 70 12 28