09 mai 2006

Henry VI de William Shakespeare (1ère partie)

Selon les pédants ce ne serait pas la meilleure pièce du barde (on n’est même pas sûr qu’il soit totalement responsable de sa composition), et la vérité historique y est gaillardement bafouée. Saga familiale: grands et moyens seigneurs, petits ou arrière-petits fils du même Edouard III, ils sont cousins ou rivaux. Leur futur roi, post adolescent pétri de sollicitude et de désir de paix, en culotte quasi-courte, a pour grand-père Charles VI de France « le fou ». Il se révèle aussi incapable de gouverner, donc manipulable par ceux qui guignent son trône. Voilà qui ne laisse rien augurer de bon, nous promet le chœur (lequel, greffé, provient d’Henry V du même Grand Will). On vous en a trop dit, et vous n’irez pas voir Henry VI seulement pour cet étalage de noblesse et de hauteur de vues, de bassesses ordinaires, de stratégies de tout poil. Mais ce sera pour l’entreprise, vraie gageure, de Lionel Fernandez à la tête de sa troupe. Il met en scène la pièce, tambour battant, règle les lumières et les combats avec panache. Ca se castagne à tout bout de champ, en poussant des hurlements. Le plateau est jonché de cadavres, les jeunes spectateurs gloussent de plaisir: super, le jeu-vidéo ! On applaudit presque une Jeanne d’Arc à la dégaîne, au sourire et aux charisme ravageurs. Ses voix incarnées ont des allures de sorcières pour Macbeth. Elle croise l’épée avec quiconque croise son chemin. Après ce qu’elle a manigancé et plutôt réussi, elle est lâchée par les siens et décrétée de bûcher. Comme une candidate récalcitrante éjectée d’un plateau de télé-réalité par les animateurs, elle se débat et braille qu’on ne se débarrasse pas ainsi d’une femme enceinte. Mais de qui ? De ce déluré de Dauphin français ? Dérisoire, bondissant, le spectacle est total. Avec des scènes qu’on se repasserait en boucle, telle la confrontation de la persifleuse Comtesse d’Auvergne et de Lord Talbot, flamboyant héros homérique. Le poignant dialogue de celui-ci avec son fils John face à leur mort imminente édifie. Le très noble et très vieux Mortimer agonisant sur un banc dicte à son fils la marche à suivre pour recouvrer sa légitimité: frissons dans la salle. Lord Protecteur du roi, Gloucester se prend le bec systématiquement avec son archevêque de faux-oncle Winchester, ça éructe, tonitrue, postillonne, pour notre jubilation, et leurs invectives structurent étonnamment la première partie du spectacle. Les costumes d’époque sont hardiment mariés à ceux d’aujourd’hui et d’autres clins d’yeux font que le spectateur « suffolke » un peu mais adore. On se dit: « Vivement Henry VI deuxième et troisième parties ! » Les vingt-cinq comédiens sont parfaitement employés et dirigés. Trois heures étourdissantes (avec entracte).

Théâtre du Nord Ouest les 15, 21 mai et les 4, 5, 11, 12 et 18 juin à 20h45. Téléphone : 01 47 70 32 75