31 mai 2006

Je viens d'un pays de neige, d'Anne Jolivet

Le théâtre de l’Oeuvre reprend ce spectacle, créé en 2005 au Déjazet, autre lieu historique cher au cœur des Parisiens et des autres, tant il est chargé du souvenir des auteurs dont les pièces y ont été découvertes, et des comédiens fameux qui s’y sont produits. Soit un de ces spectacles à personnage unique, peu propices à déménager un public, lequel en a trop vus qui ne tenaient leurs promesses qu’à demi, diraient certains. Ce n’est pas le cas de ce texte d’Anne Jolivet, dans lequel Myriam Boyer s’est investie à fond, qu’elle brandit, même si elle fait, parfois, semblant de se laisser piéger par ses émotions, avec cette voix dont on espère qu’elle ne nous tiendra pas rigueur d’y avoir décelé des inflexions aimées, à la Simone Signoret. En 1970 Maria ne s’attend plus à revoir son amie d’enfance et complice, comme évanouie dans les années quarante. Anna a été sa camarade dans ce pays de neige à l’est de la France, avant la ‘dernière’ guerre. Une lumière s’est allumée dans l’appartement que la jeune femme occupait face à celui de Maria, à Paris, où toutes deux avaient atterri pour des raisons diverses. C’est le prétexte habile pour que l’auteur, à coup de réminiscences, nous livre la vie et les univers successifs de la gamine devenue jeune femme, au parcours opposé à celui d’Anna, mais liée à elle par une amitié indéfectible. Maria se dit désemparée face à sa camarade l’intellectuelle trop douée, mais elle est dotée d’un appétit de vivre qu’elle exprime en dansottant, chantant des airs d’époque, passant d’un sourire enfantin au rire et aux larmes, et racontant. Entre ce qu’elle sait, ne sait pas, ou fait mine de ne pas savoir de ce qui est arrivé à son amie, on se demande si elle n’a pas tout bonnement inventé cette Anna, de famille juive, disparue en 1942 qui, bien sûr, ne se montrera pas à la fenêtre, face à celle où Myriam la guette. Didier Long a voulu un mur de fond tel celui d’une prison, une ampoule rouge au bout d’un fil, comme dans un commissariat, voire pire, au centre, et à jardin le cadre d’une fenêtre symbole de ce qui est dedans et dehors à la fois. A cour un rocking-chair, bon à remonter aimablement le temps. Dessous, une boite contient probablement des documents attestant le tout, mais qui ne sera pas ouverte. Les lumières montent, déclinent, remontent, colorent la fenêtre et le fauteuil en bleu-azur. L’émotion nait, vous cueille ou reflue. De quoi ne pas en sortir indemne.

Mise en scène de Didier Long, avec Myriam Boyer
Théâtre de l’Oeuvre, du mardi au samedi à 21h.
Téléphone : 01 44 53 88 88