11 mai 2006

La boutique de l'orfèvre, de Karol Wojtyla

En 1960, agé de quarante ans, l’évêque de Cracovie signe une pièce dont le titre français associe la notion de négoce et de clientèle à celle de l’artisan-artiste qui allie des métaux précieux. Travail d’orfèvre, la perfection est presque déjà atteinte. Le joaillier, peut-être simple bijoutier, confectionne les alliances symbolisant et proclamant le lien que constitue le mariage. Devant son magasin et sa devanture-miroir, deux jeunes gens: Thérèse et André, main dans la main. Ils se cherchaient sans le savoir, et, partageant la même haute idée de l’amour humain, ils vont s’unir. Non pas sans doutes, entre angoisse et espoir, toujours en quête d’un absolu dont ils veulent croire qu’ils l’atteindront. La souriante Thérèse raconte son mari: André qui est mort à la guerre, très vite. Un deuxième couple aura apparemment fait faillite. Anna évoque sa blessure, cette « lézarde » et son époux, Stéphane, « qui a cessé de l’habiter ». Elle veut revendre son alliance à l’orfèvre. Il lui oppose que, seule, elle ne vaut ni ne pèse rien sans l’autre anneau. Vint-sept ans ont passé. Christophe, fils d’André et Thérèse s’est épris de la fille d’Anna et Stéphane. Taraudée par le souvenir de parents devenus « étrangers l’un à l’autre » Monique demande: « Peut-on s’aimer toujours ? » Une enfance en partie confisquée, quels qu’en furent la raison ou le prétexte, est une déchirure: « Nous ne nous sentions plus enfants » épilogue un personnage, à la toute fin. Arbitre et tutélaire, un autre personnage s’est interposé et joue les médiateurs, son nom est Adam. Il incarne les tendresses et une certaine candeur de l’auteur, rassurant après avoir tant questionné, mais qui fait confiance à son intuition, dont on a compris d’où il la tenait. Les épisodes s’enchaînent ou se jouent en contrepoint. Pour les jeunes comédiens qu’il a choisis, lumineux, habités, évoluant au plus près du public, Paul de Larminat a voulu une mise en scène avec chorégraphie où tous évoluent sur un mode à la fois charnel et aérien. Lumières justes, musiques graves, tendres, aux vibraphones et percussions. Dina Droukarova, Marco Fabbri, Thomas Larope, Cécile Sanz de Alba, Alain Sportiello, Zsuzsanna Varkonyi, Sarah Viot et Francesco Agnello (leur musicien) sont les interprètes de ce qui est un remède contre toutes sortes de morosités morbides à l’affiche cette saison, à Paris et même ailleurs.

Chapelle de la Fondation Eugène Napoléon : mardi, mercredi, vendredi, samedi à 20 heures, jeudi à 21 heures, dimanche à 16 heures. Jusqu’au 2 juillet. Téléphone : 01 43 72 10 15.