03 mai 2006

L'égérie de Charles VII, de Danièle Léon

Vous aviez oublié la première Egérie qui fut aux côtés de Numa Pompilius, roi légendaire de Rome, sept siècles avant notre ère. Dans un prologue poétique l’auteur la met face à son souverain. Il avoue ne pas aimer la guerre, elle convient avec lui que régner c’est servir Dieu et conclut que, puisqu’il est élu, elle va l’aider à assurer la paix. Noir. Une femme en costume médiéval prend le public à témoin: « J’avais une fille… » Le roi Charles de Jeanne, prend le relais et évoque la Pucelle à l’aide de bribes de récit et de réflexions: « Jeanne n’était pas de mon avis. La fortune n’était plus avec elle. Ai-je vraiment tout essayé ? J’ai voulu sortir le dossier de la réhabilitation de Jeanne ». Un portrait et une histoire de Jeanne jusqu’au bûcher nous sont offerts en tableaux cadrés au plus juste, fidèles aux témoignages des chroniqueurs. Un épisode émeut peut-être plus encore qu’un autre, mais les prodiges qui ont jalonné l’existence de Jeanne, la rectitude de sa démarche sont confondants. Si elle guerroie et veut que la France retrouve sa souveraineté, ce n’est pas par nationalisme: la paix, la vraie, est au bout de l’épreuve. Elle le pressent, le sait. Le roi lui fait confiance, hésite, flanche, la lâche et retombe dans ces inquiétudes qu’elle a si souvent apaisées. Mais au terme d’un cheminement dont il n’est pas conscient, son égérie aura contribué à lui redonner confiance en l’homme et en son créateur. Le supplice a eu lieu. Noir. Lumières. Jeanne a maintenant un gilet noir sur la robe blanche qu’elle a portée tout au long de la pièce, le roi et elle épiloguent. Charles a beaucoup découvert, selon le « connais-toi toi-même ». Le mal auxquels tous deux se sont mesurés a été reconnu. Ils redisent l’incroyable mystère de l’humain, l’amour qu’il faut avoir pour l’autre. Tout doit être et sera acccompli, réalisé, avec les autres. La dizaine de comédiens distribués dans les personnages qui cotoyèrent Jeanne sont habités par leur texte. Aucune emphase dans un jeu minimaliste. La mise en scène ressemble à une mise en espace. Est-ce pour évoquer les mystères au parvis des cathédrales ? Sophie Kaufmann, candeur réjouissante, impose sa Jeanne et c’est une performance, tant son texte est exigeant. Jacques Vincent est un Charles VII à la voix prenante, et Christophe Nançoz dans le rôle de Pierre, frère de Jeanne, est désarmant de sincérité et d’émotion.
Mise en scène : Danièle Léon.
Théâtre du Nord-Ouest, les 5,14, 17, 19, 24, 31 mai, et les 7, 13, et 14 juin. Horaires et réservations : 01 47 70 32 75.