11 juin 2006

Etty Hillesum, adaptation Valérie Zarrouk

Etty Hillesum, une vie bouleversée, d’après le journal d’Etty Hillesum.

Valérie Zarrouk revendique son héroïne, découverte par un hasard qui n’en est sûrement pas un, et veut nous rendre proche cette ‘petite bonne femme de 27 ans’ qui s’est mise à écrire en 1941 comme on part au combat. Peu importe qu’on ne sache pas ce à quoi elle s’occupait avant, ou pourquoi, autonome, elle est logée dans cette chambre ‘lumineuse’, non loin de chez ses parents, à Amsterdam. Issue d’une famille israélite, elle décrit dans son journal le cadre ou vivait aussi Anne Frank, la difficulté de vivre la guerre, la gestapo, les mesures anti-juives, la mort des proches victimes de tortures. Elle est partagée entre ses aspirations et un sentiment de culpabilité qu’elle combat vaillamment et qui est peut-être dû au fait qu’elle s’occupe trop d’elle-même, ou mal. Mais elle aime Julius Spier, son professeur-mentor qui lui fournit recettes et formules-clés (on est dans une ère tout juste post-freudienne) pour adopter une posture qu’aujourd’hui on qualifierait de « zen ». Elle souhaite l’épouser. En contrepoint il y a sa quête personnelle, solitaire, orientée par sa découverte ou redécouverte d’une foi qui la mènera en zig-zag à l’acceptation d’un sort qu’elle pressent tragique. Pourtant elle l’entrevoit avec la sérénité de ceux qui, sachant où ils vont, aiment la vie et aiment tout simplement. Les dates de ce qui est un compte à rebours se succèdent de façon poignante. Une voix off recueillie nous fait part du départ de la jeune femme pour Auschwitz. La mise en scène d’Yves Pignot est des plus dépouillées. La comédienne noue et dénoue ses cheveux, s’asseoit à sa table, pose ou reprend son cahier, fait quelques pas. Les lumières montent et baissent, des noirs et des mesures de piano romantiques sont des respirations alors que le climat s’assombrit, et les nouvelles sinistres se succèdent. Valérie Zarrouk déploie toute son énergie et son talent pour nous faire prendre en affection cette femme qu’elle admire. Elle est touchante.
Théâtre de la Huchette, du lundi au vendredi à 21h, matinée samedi à 15h30. Téléphone: 01 43 26 38 99