24 juin 2006

Jeux de scène, de Victor Haïm

En 2003 la pièce, jouée pour la première fois l’année précédente au Théâtre de l’Oeuvre, valait à Victor Haïm le Molière du meilleur auteur francophone. On imagine la jubilation du jury voyant sa corporation, ce microcosme singulier, persiflée par un écrivain-comédien à la lucidité et l’humour plus que corrosifs. Danièle Lebrun et Francine Bergé, actrices rares, créaient les rôles féminins. Leur relève est prise par Hélène Arié et Catherine Lombard, mises en scène sobrement par Jean-Pierre Andréani. L’histoire est simple: une comédienne rencontre sur un plateau une auteur, toutes deux sont des anciennes gloires, plutôt en voie de ringardisation. On est censé assister à la première lecture de la pièce dont Gertrude, Catherine Lombard, a confié le rôle unique à Hortense, Hélène Arié. Notez qu’avant une vraie répétition elles ont déjà droit à un régisseur lumières, mais on ne les chipotera pas à propos d’un pareil luxe. De toutes façons elles ont toujours eu ce qu’elles voulaient. Au fait que veulent-elles? Au départ c’était clair, mais leur confrontation s’assortit vite de commentaires sous forme d’appartés vengeurs où elles ressassent les sentiments et ressentiments qu’elles nourrissent l’une pour l’autre. Hortense évoque son amant actuel, ou son ex, parce qu’un métier éreintant l’oblige à être habitée charnellement. Est-elle dupe de ce qu’elle raconte ? Elle pérore, exaspèrant sa camarade qui éructe, puis tente de la remettre en phase à coup de recettes héritées des bons maîtres aux cours d’art dramatique. De diversions en digressions, la lecture ne commencera jamais. Gertrude, voix et présence redoutables, est une caractérielle exaspérante, au jargon psycho-chargé, dont on soupçonne que les écrits sont parfaitement illisibles. La rosserie installée entre elle et sa partenaire culmine vite, mais les bons offices de Victor Haïm nous vaudront des fausses-sorties et autres mini coups de théâtre, et enfin une harmonie restaurée, comme dans toute comédie ayant pour but de faire rire aux dépens de ceux qu’on aime. Mention spéciale pour le portable, glorieux et indispensable artifice qui nous vaut plus de théâtre encore dans le théâtre. Un texte parfois féroce, toujours drôlatique.
Mise en scène Jean-Pierre Andréani
Avec Hélène Arié et Catherine Lombard .Lumières Philippe Lacombe
Théâtre Le Lucernaire, du mardi au samedi à 18h30. Téléphone : 01 45 44 57 34