17 juin 2006

Le Tartuffe, de Molière

Madame Pernelle est une grand-mère attachée à des concepts jamais remis en question, mais c’est une remonteuse de bretelles. Sa tribu, petits-enfants, bru et pièces rapportées, est effondrée qu’elle soit venue redire ce qu’elle pense être leurs vérités. Respect ou incrédulité, ils se taisent. Famille au bord de l’implosion, parce que mise en péril par Orgon, fils de la super-mamma, ils laissent pérorer ce pater familias qui fait penser à un énarque politicien, s’étant adjoint une jeune seconde épouse à la beauté troublante pour photographe de magazine people. Ayant dépassé sa limite d’incapacité, souriant, et se rengorgeant, bourré de tics, il va dans le mur, empêcheur de laisser tourner rond une famille qui ne demandait qu’à être aimante. Le discours de Molière, que les comédiens servent parfaitement, prend curieusement des allures de langue de bois. Face à Orgon, Tartuffe, métaphore givresque d’une manipulation ordinaire, est plus étranglé encore dans un narcissisme moins spectaculaire, mais plus corrosif. Voilà pour votre paire complice. Qu’Orgon ait décidé que sa fille, l’émotive et immature Marianne, éprise du piaffant Dorante, épousera son maître à penser à lui, que sa trop tentante moitié, Elmire, se fasse proposer par Tartuffe des cinq-à-sept hygiéniques ou anodins, tout cela est secondaire. L’imposteur et escroc a approché le prince, lequel le démasque et, à coup de happy end, bâclera l’affaire. René Loyon n’a surtout pas fait une relecture de la pièce, mais sa mise en scène trouble, et communique une peur que tout ceci ne soit qu’une anticipation d’aberrations proliférantes. Gesticulations et gestuelle crispées, rythmes dérangeants, lumières et musiques glaçantes accentuent le côté implacable de cette parabole qui stigmatise l’exaltation de tout ego. Les comédiens, dirigés avec rigueur et minutie ne cherchent pas, eux, à faire leur numéro. Ils sont simplement parfaits.
Théâtre 14, jusqu’au 15 juillet. Mardi, mercredi, vendredi, samedi à 20h30, jeudi à 19h, matinée samedi à 16 h. Téléphone : 01 45 45 49 77