04 juin 2006

L'illusion comique, de Corneille

Soit Pridamant, père désemparé: dix ans plus tôt son fils, Clindor, a pris le large et n’a plus donné signe de vie depuis. Petite magie, il le retrouve comédien vedette d’une troupe ambulante dont le spectacle se déroulera sous ses yeux et les nôtres, théâtre dans le théâtre oblige. Il ne comprendra pas que rien n’est ‘pour de vrai’, que ce n’est qu’une métaphore burlesque, genre fusée à plusieurs étages. Rigoriste, ou dépourvu d’imagination, Pridamant était peu au courant des aspirations de son rejeton, Marion Bierry a choisi d’en faire une mère aussi naïve qu’irréaliste, s’accusant d’avoir méconnu le rejeton qu’elle a brimé. Donc Maman-Pridamant se contorsionnera, grimaçant de douleur à l’avant-scène, selon ce à quoi elle assistera, et menacera de s’effondrer à l’acte cinq, tragique, quand Clindor son fils et Isabelle, son amante devenue son épouse, seront poignardés sur scène par un jaloux. Vraies-fausses récupérations acrobatiques de personnages par d’autres, la metteur en scène, reste cependant indéfectiblement fidèle à l’auteur qu’elle nous montre malin, surprenant, subversif. Les comédiens slaloment à l’intéreur d’un décor minimaliste sur la fameuse scène investie du souvenir de tant de spectacles mémorables. Ils font de ces deux petites heures un festival d’excellence, sur fond de grotte avec rochers escamotables et d’horizon très bleu. Les costumes se déclinent dans des teintes douces, ou sont d’un classicisme impeccable, ou même encore délirent d’inventivité. Matamore arbore un short tyrolien grandiosement relooké.
Des musiques d’époque ou non sont des illustrations à peine narquoises, des arias et autres mélodies sont chantées a capella et à ravir. Bernard Ballet, Daniel Besse, Stéphane Bierry, Arnaud Décarsin, Christine Gagnieux, Raphaëline Goupilleau, Vincent Heden et Elisabeth Vitali, tous généreux et à la maestria réjouissante, vous dédient ce joli monstre tel que le définissait l’auteur. Cette pièce n’est rien moins qu’un petit miracle et surtout un éloge de ce qui constitue, selon Corneille, « le divertissement le plus doux de nos princes, les délices du peuple, et le plaisir des grands »: le théâtre.

Mise en scène de Marion Bierry.
Théâtre de Poche Montparnasse, du mardi au samedi à 21h, samedi à 18h. Téléphone : 01 45 48 92 97