10 juin 2006

Préhistoire, d'Eric Chevillard

La grotte de Pales, célèbre grace à ses tableaux rupestres, est fermée, n’ayant plus de gardien, et le personnage qui nous fait face s’est vu, par l’auguste professeur Glatt, intimer l’ordre de la rouvrir. Archéologue, préhistorien irréductible, il est perplexe: doit-il accepter un simple emploi alimentaire? Ayant pesé une seconde le pour et le contre, il s’est déjà lancé dans un discours singeant le récit autobiographique ou la dissertation baroque, vraie course à la poursuite des mots, témoin de son roman d’amour avec eux. Son expression, résolument poétique, dérape pour devenir plus loufoque encore que les situations et les épisodes qu’il décrit avec une minutie troublante. La voix ample et péremptoire du comédien habite l’espace, le plateau comporte en petite toile de fond un rectangle neutre qui s’animera sous le coup d’images à peine dérangeantes. Un uniforme étant posé sur un valet de nuit, un autre lui fait pendant, parce que tout est double et qu’alternative et dilemme sont au menu. La paire de souliers que l’homme enfile se révèle trois à quatre pointures trop grande. D’où sa démarche en manière de clin d’œil; il a tenté de se mettre dans la peau de Boborikine, l’ancien guide, mort à la tâche. En rupture de ban avec le temps et la logique, il convoque histoire, mythes et symboles, pêle-mêle. Celui de la caverne s’y insinue en priorité, mais humaniste, archi-cultivé, il est l’observateur qui pose les questions auxquelles il donne des réponses dans la foulée. Premières mesures de la cinquième symphonie de Beethoven en semonce, et voilà le destin probablement figuré. Mais si les phrases se font de plus en plus drues, denses, le rythme de la croisière est constant. Tel est le paradoxe qui transforme habilement en moment de théâtre ce roman, aventure picaresque, quoique simple et subtile musique de chambre. François Cabanat fait des lumières une partition. Avec Jacques Deneux, Michel Ouimet signe adaptation et mise en scène. Il est ce personnage pléthorique qui tient ses rêves en laisse et le public médusé en haleine.

Théâtre Artistic Athévains, mardi 20h, mercredi, jeudi 19h, vendredi, samedi 20h30, samedi, dimanche 16h.
Téléphone : 01 43 56 38 32