01 juin 2006

Rosa, la vie, lettres de Rosa Luxemburg

«Née Polonaise (1871-1919), naturalisée Allemande, fonda la ligue ‘Spartakus’ futur parti communiste avec Karl Liebknecht, et comme lui fut assassinée ». Le dictionnaire a résumé l’engagement, la générosité et la mort de cette femme surnommée ‘Rosa la sanguinaire’ par vos machos avant la lettre et autres va-t-en-guerre, qui refusaient qu’un conflit armé ne soit pas l’ultima ratio regis. Slavissime, poétique par toutes ses fibres, Anouk l’est, Rosa l’était, et on pense à cet autre amoureux d’une vie qui le quitta vite: Anton Tchekhov, son aîné de onze ans. Rosa est un personnage tchékhovien surdimensionné et Anouk est une tchékhovienne sublimée, plus ardente que lucide, ou est-ce l’inverse ? La ressemblance s’arrêterait là, cependant le bon docteur russe dévoré par la maladie s’est épuisé à soigner ses patients, et à promouvoir la cause des déshérités, même ‘comme en se jouant’ et Rosa en fait autant, depuis sa prison. La comédienne est assise à une table, un vase de fleurs est posé dessus. Elle a les yeux rivés sur les feuilles qu’elle repose avec sollicitude une fois lues. L’éclairage ne variera pas et elle ne se lèvera qu’à la toute fin. Le public, embarqué dans ce dont il ne se doute pas, se recueille avant d’être submergé par une émotion rare. Les lettres s’adressent à des amies: Louise Kantsky ou Sonia Liebknecht (épouse de Karl, cité plus-haut). « Mon moi plus profond appartient plus aux mésanges charbonnières qu’aux camarades », « Si je croyais en Dieu, je suis sûre que Dieu nous châtierait sévèrement pour ces tourments ». Anouk, si belle, armée et désarmante, s’est animée, vibre, sachant, depuis l’âme, à quel moment il ne faut ou ne faut pas se retenir, mais pour nous, spectateurs, tout est devenu lumineux et comme providentiel. On pense mini-oratorio et votre dico opine: « oratorio: drame lyrique sur un sujet en général religieux ». Peut-être n’est-on pas si loin du compte. Avec tellement de tendresse en plus.

Anouk Grinberg lit Rosa Luxemburg.
Trente représentations exceptionnelles, dans tous les sens du terme, au Théâtre de l’Atelier. Du mardi au samedi à 20h30, dimanche à 17h. Téléphone: 01 46 06 49 24