09 juin 2006

Terre secrète, d'après Sebastian Barry

Le titre originel de la pièce : « Boss Grady’s boys » voulait que ses protagonistes soient fils d’un homme à l’autorité incontestée, le ‘boss’, chef ou petit chef, dont le patronyme évoque tellement l’Irlande qu’on a déjà le décor. Kazem Shahryari l’adapte à partir de la traduction élégante et goûteuse d’Emile-Jean Dumay. Il privilégie la référence à la mère, cette terre onctueuse, boueuse, mais au magnétisme aussi prodigieux que les énigmes qu’elle propose à ses fils. On n’a pas assez d’une enfance, d’une adolescence, voire plus pour avouer en être prisonnier à vie. Humeur bourrue, flirt avec l’outrance et l’absurde : Josey Grady, le frère cadet, confesse être un minus et se serait bien distribué en femme. Mick, son aîné, est coincé entre un désir de s’évader, et son attachement tripal aux souvenirs familiaux que tous deux ressassent le long de réminiscences désopilantes. Le metteur en scène, poète d’abord, a voulu que cela soit funambulesque pour mieux être vrai. L’espace scénique, parfaitement utilisé, permet à Elisabeth Commelin de devenir un Josey époustouflant d’énergie cocasse, face à Jacques Albaret, son frère, un tantinet genre cow-boy au bout de son rouleau. Le tout avec mini-marionnettes qui surenchérissent, rayon tendresse, et autres astuces de mise en scène à l’infini, bonnes à faire décoller, planer, rêver.

Avec Jacques Albaret et Elisabeth Commelin, lumières: Serge Derouault.
Art Studio Théâtre, mardi, mercredi, vendredi, samedi à 20h30.
Téléphone : 01 42 45 73 25