27 juillet 2006

Celles qu'on prend...de Montherlant

Celles qu’on prend dans ses bras, de Montherlant
Une femme en pantalon et chemisier stricts, silhouette de cavalière ou d’ex-danseuse, dépose sur le sol des fruits et quelques brins de feuillage. Les lumières joueront avec ces seuls éléments de décor indices de convivialité et de partage. Au départ, des ronflements avaient suggéré le sommeil peut-être d’un mâle vieillissant. La femme énigmatique, maintenant adossée à un pilier, est Mademoiselle Andriot, collaboratrice de Ravier, antiquaire fameux, presque sexagénaire, qui avoue complaisamment son parcours de mari et de père occasionnels, mais aussi de consommateur de femmes tarifées. Il vient de rétribuer outrageusement Christine Villancy vraie jeune fille de moins de vingt ans, qui lui a confectionné des motifs de décoration à la destination inconnue. Amoureux tous les douze ans, il l’est devenu de la donzelle. S’ensuit une remise en question de l’amitié, de la confiance, de l’honnêté, et de tout ce qui, selon l’auteur, régit mal les rapports hommes-femmes, surtout quand le désir s’ engouffre dans le labyrinthe existentiel, plus que tourmenté de notre dramaturge-moraliste. Les confrontations entre Ravier et Christine, Mlle Andriot et Christine, Mlle Andriot et Ravier s’assortissent de reproches mutuels, de répliques où les paradoxes se chevauchent, autant que les propos véhéments, parfois très crus. Un coup de théâtre bienvenu, et c’est la fin: la Christine nette, libre, désintéressée et méfiante du départ, pour sauver son père de la prison, a soudain besoin de l’aide de Ravier. Lequel s’empresse de faire jouer ses relations. Elle, alors éperdue d’une gratitude qui, selon Montherlant, rime avec faiblesse, deviendra une de « celles qu’ont tient dans ses bras » , pour un court moment, peut-être.
La mise en scène de Virginie Berthier aère la pièce tout en lui restant étroitement fidèle. Les personnages, supposés avoir fait leur sortie, restent visibles, omniprésents, obnubilants. Luc Guiol est un Ravier à l’allure forcément élégante, mais avec un joli charisme en plus. Déborah Foldes est Christine, gourde butée, quoique terrestre et rassurante, mais aussi capable d’opposer à Ravier des arguments dignes d’une Jeanne d’Arc face à ses juges. Coralie Bonnemaiso, Mlle Andriot, entre la tendresse qu’elle prétend exsuder et son côté « inquiétante comme l’intelligence », affiche un désespoir souriant, jumeau ou rival de celui de l’homme à qui elle s’est vouée parce qu’il la fascine. Elle est l’élément qui galvanise l’ensemble
Ce Montherlant-ci trouble, parce qu’au détour d’une réplique, vous et moi nous nous reconnaissons peut-être mieux encore que dans certaines autres de ses œuvres plus spectaculaires.
Théâtre du Nord Ouest, les 27, 28, 29, 30 et 31 juillet. Les 7, 10, 12, 13, 14, 15, 17, 19, 20, 22, 23, 26, 27et 28 août.
Horaires et réservations : 01 47 70 32 75