18 juillet 2006

La Reine Morte, de Montherlant

Le roi Ferrante de Portugal (soixante ans précise l’auteur, mais soixante dix, selon la retouche faite par Jean-Luc Jeener pour justifier l’excellentissime choix de son comédien principal, Philippe Desboeuf) a convié la toute jeune Infante de Navarre aux festivités célébrant le mariage qu’il lui impose avec son propre fils et héritier Don Pedro. Or ce prince a épousé en secret Ines de Castro, dont la naissance est entachée de batardise. Elle attend leur enfant. Le souverain, une fois que l’Eglise aura refusé d’annuler leur union, décrétera le meurtre de la touchante jeune femme qui porte peut-être son petit fils. Une fois l’hypothétique future reine disparue, Ferrante mourra à son tour. La cruauté de l’épisode historique a donné comme un déclic à l’auteur, et nourri une fois de plus ses chères thèmatiques. Soit l’absence de confiance d’un père pour une progéniture engendrée sans désir, leur incompréhension mutuelle malgré la tentation d’une tendresse vite jugée perturbatrice d’un certain ordre par le parent pour qui le mot amour sonne creux. Soit encore ce qui est lié à l’exercice du pouvoir dont un souverain hérite. « Le mensonge est pour les grands une seconde nature » dit Ferrante, exaspérant à force d’être pertinent, explicite, cassant ou cauteleux .Le metteur en scène a élagué le texte pour mieux imposer les confrontations entre père et fils, fils et amante, ou amante et sa rivale qui n’en est pas vraiment une, ou encore roi et ses conseillers. Mais il a voulu des effusions bouleversantes, qui , avec l’humour froid, glacial, mais la poésie si particulière et comme involontaire de Montherlant, rendent l’atmosphère plus légère.
Les comédiens sont à la hauteur de l’oeuvre et remarquablement dirigés. Manta Corton, voix rauque, est une Infante incandescente, le Prince Pedro, Dimitri Fornasar, a une présence en finesse. Sarah Viot est une Inès charnelle, tendre et lumineuse. Alain Pretin, Alvangonçalvès, conseilleur du roi, est tour à tour d’une impassibilité et d’une autorité redoutables, Ses camarades Eliezer Mellul et Jean Tom, autres conseillers, sont tout aussi convaincants et Rémi Godement est un page touchant. Les costumes sont d’une somptuosité rare et les lumières habiles. Ce spectacle est à recommander aux fidèles de Montherlant comme aux autres, qui découvriront un chef d’œuvre.
Théâtre du Nord Ouest, les 19, 21, 22, 23 et 30 juillet,
les 1er, 2,3,4,5,6,9,11,12,13,16,18,19,20,21,25,26, et 27 août
Horaires et réservations au 01 47 70 32 75