02 juillet 2006

Le maître de Santiago, de Montherlant

1519, l’Espagne s’est débarrassée de l’envahisseur more vingt-sept ans plutôt, l’année même où Colomb abordait à San Salvador. Don Alvaro Dabo, de l’ordre de Saint Jacques, s’était couvert de gloire lors de la reconquête. Il vit aujourd’hui dans une quasi-retraite, aux côtés de sa fille Mariana, dix-huit ans, à la présence légère. Ses anciens compagnons viennent le convaincre de s’embarquer pour le Nouveau Monde, y convertir les Indiens, accroître la gloire de l’Espagne et consolider son ébauche d’empire. Don Alvaro les interrompt d’un glacial : « Roule, torrent de l’inutilité ! ». La pièce devient alors une réflexion sur ce qui est caduc, les fausses conquêtes, et les vraies fins premières et dernières de l’homme face au monde et à son créateur. Une dernière manoeuvre aurait pu ébranler Alvaro et l'inciter à se battre une fois encore, aux côtés d’un roi dont il n’augure pourtant rien de très bon. Sa fille avoue y avoir participé. Alors ayant tout recensé et pesé, il l'invite à renoncer à son penchant pour un gentilhomme, fils d’un de leurs amis. Père et fille rejoindront chacun le couvent qui leur convient. Exil définitif et préfiguration d’un nouveau départ. Montherlant aimait prédire : « Il y aura bien des larmes quand le rideau sera tombé ». Cette pièce à la progression irréprochable est portée par Jean-Luc Jeener. Il est un Alvaro à la bénignité presqu’inquiétante qui se mue en argumenteur cinglant, à la lucidité corrosive, parfaitement respectueux du portrait qu’en fait l’écrivain qui craignait pourtant qu’on le juge « odieux » à l’égard de sa fille. Mariana: Sophie Raynaud, de faussement fragile, est devenue lumineuse. La mise en scène respecte à la lettre les indications de l’auteur. Mais les torches aux murs ont brûlé jusqu’à l’épuisement et des lumières inspirées, inspirantes, prenant le relais, finissent par isoler père et fille dans un îlot symbolique. « Tout est bien ! tout est bien ! » affirme Alvaro, puis tous deux apaisés et fervents concluent : « Unum, Domine ! »

Mise en scène et lumières : Patrice Le Cadre
Théâtre du Nord-Ouest, les 22, 24, 25, 26, 27, 28, 29 et 31 juillet à 20h45. Les 23, 30 juillet à 17h. Reprise le 1er Septembre à 20h45. Téléphone : 01 47 70 32