27 juillet 2006

Ma Tatie Alfred, de Jean-Pierre Sturm

Ma Tatie Alfred, de Jean-Pierre Sturm
Les homosexuels ont longtemps été appelés des « tantes » et le titre comme l’affiche de cette comédie sont plus qu’explicites; tout se situe dans le monde des travestis. L’argument en est simple: soit deux hommes jeunes, deux camarades, l’un marié et père de famille, Georgie ( peut-être même Georges-Henri de la Salle pour l’état civil) ; l’autre, Alfred, est architecte d’intérieur branché, gracieux et souriant. Il a signé la décoration, entre nous passe-partout, de son salon en « rez de jardin » pour quartier cossu. Tous deux mènent une vie double, devenant le soir Georgie et Sofia, extravagantes emperruquées en robes de lamé pour night-clubs et numéros de reines de la nuit. Kévin, malfrat black, tout juste sorti de prison, encagoulé et couteau en main s’introduit « par effraction » chez Alfred qu’il trouve habillée en Sofia et qui le bluffe par son courage et sa crânerie. Ça donne : « Toi, tu es une meuf qui a des couilles ». La salle glousse. Elle ne cessera de le faire aux cascades d’allusions salaces, grivoises ou indigestes qui truffent les dialogues et semblent être le fond de commerce de l’auteur. Le clou étant la récapitulation des ébats amoureux de Kévin et Sofia laquelle, n’ayant pas donné accès à toute son anatomie à son partenaire, les a obligés à se tirer d’affaire…différemment. Ça continue à coup de quiproquos et d’attendrissements parce que, bien sûr, aucun des trois n’est un monstre. « Dieu, pourquoi m’as-tu fait homme ? » soupire l’efféminé. La version originale en créole de ce qui se veut un divertissement-exutoire était peut-être plus gouleyante, plus ambigüe et plus attrape-nigaud à la fois. Vincent Pierrard est une tatie invraisemblable, tant elle est vraisemblable ; le spectacle repose sur sa plastique aguicheuse et son bonheur d’être en scène. Face à lui Bruno Henry-Kévin raccole sympathiquement dans un rôle de défavorisé au départ, avec démarche déhanchée, mais jovial, aussi naïf que roublard et sans complexes. François Delaive est tout à fait juste en accolyte et faire-valoir d’Alfred-Sofia. La fin est un numéro de danse à trois, réglé au quart de poil et ébouriffant.
Théâtre Comédia, jusqu’au 30 août, du mardi au vendredi à 20h30
Réservations: 01 42 38 22 22