23 juillet 2006

Polyeucte, de Corneille

Le Cloître des Billettes a des proportions aussi réconfortantes que nobles. La Compagnie de la Pléiade y donne un Polyeucte sobre, dont les protagonistes en proie à des sentiments mêlés, tordant les cœurs, les consciences et les âmes, ne se laisseront jamais aller à des épanchements parasitants. Donc Félix, nommé gouverneur de l’Arménie par l’empereur Décie, vient d’unir sa fille Pauline à Polyeucte, issu d’une grande famille de ce pays, devenu colonie romaine.Elle ne sait pas que son époux s’est récemment converti au Christianisme, secte prosélyte, dangereuse pour l’occupant. Sévère, Romain aussi épris de Pauline qu’elle l’a été autrefois de lui, et promu par Décie, arrive en mission. Félix, ignorant ses intentions, panique, cependant que Polyeucte, néophyte fasciné et fanatisé par sa nouvelle mission, abat une statue de Jupiter au temple. Son compagnon et incitateur est exécuté. Lui-même, refusant d’abjurer sa foi décide de mourir à sa suite. Miracle de la grâce selon les Chrétiens, son sang versé fera de Pauline une convertie et de Felix une nouvelle recrue: « Je cède à des transports que je ne connais pas ». Sévère, touché, leur accordera la vie sauve et reconduira Felix dans ses fonctions. Les comédiens jouent très bien ces personnages déstabilisables autant que galvanisables, aux désespoirs surmontés, travaillés par des forces qu’ils ignoraient. Ils ont des exaspérations en forme de colère, haussent le ton quand il le faut. Polyeucte (Romaric Maucoeur) est tout en entêtements juvéniles. Néarque, son mentor (Alexandre Mousset), Sévère (Boris Ravaine) et Fabian, son domestique (Romain Gherdane) sont également percutants. Gil Geisweiler (Félix) froid, toujours aux commandes, réussit à masquer la couardise de son personnage. Stratonice (Nathalie Hamel), confidente de Pauline, seule présence apaisante, est aussi tendre que pleine de bon sens. Pauline (Sophie Gancel) est une battante, figure moderne qui ne s’attendrit pas facilement, autant prête à faire la part des choses qu’à aborder des horizons nouveaux, pour se découvrir autre.Nathalie Hamel qui met en scène et dirige les comédiens a conçu et réalisé les costumes. Légers, leur somptuosité est due aux broderies qui magnifient les toges romaines ou des vêtements orientaux plus rectilignes. Les comédiens surgissent de derrière les arcades, une cloche sonne dans une église voisine, trois gouttes de pluie tombent sur les pavés du cloître qui conservent l’odeur des pigeons qui y ont fait escale. Polyeucte, pieds nus, à la toute fin de son périple terrestre, vient de les quitter. Nous ne l’avons pas quitté. Lui et ses camarades nous ont émus.
Cloître des Billettes, 24 rue des Archives, les 25, 27, 28 juillet à 20h30- 29 juillet à 17h30
Les 1, 3, 4, 8, 10, 11, 15, 17, 18, 22, 24, 25, 29, 30 août à 20h30
15 août à 14h30, 5, 12, 19, 26 août à 17h30
Réservations au 01 43 42 39 28