21 août 2006

Brocéliande, de Montherlant

Le personnage principal de Brocéliande a 59 ans, âge où l’auteur écrivit la pièce. C’est un futur « petit vieux » avec ou sans les guêtres et les bottines dont Pierre Sipriot affubla en 1981 son "Montherlant sans masque". Fonctionnaire tatillon et circonspect Monsieur Persiles, marié depuis 20 ans, n’a surtout pas d’enfants, n’ayant pas voulu d’une famille, mais confesse: «Célibataire je me suiciderais». Madame Persiles entre son tricot et son journal ne se souvient pas du nom exact de cette forêt de Brocé… métaphore de tout arbre généalogique aux branches innombrables, selon son époux. Le bibliothécaire de l’Institut Numismatique vient, en effet, de leur annoncer que Monsieur Persiles descend de Saint Louis en ligne directe par les femmes. D’abord sceptique, l’homme est peu à peu convaincu, le virus de la généalogie qu’il avait pourtant qualifiée de « triomphe de l’imposture » le gagne. Le voilà qui étale ses connaissances en la matière (l’auteur n’ayant pas résisté à un certain didactisme).
Mais Persiles a rajeuni, confirme Emilie la servante, il arbore des gilets de soie brodés et cherche à adopter les gestes ou les poses des successeurs du roi auxquels il se réfère. Ses jugements se font de plus en plus définitifs: « La France est une nation que l’on mène par le nez ». Plus qu’autosatisfait, il revendique « l’honnêté, mon péché mignon ».
Le numismate qui lui a proposé de l’aider à faire une recherche poussée de ses ascendants lui révèle que plusieurs milliers de ses contemporains peuvent également s’enorgueillir d’être issus du « Grand Ancêtre ». Pour Persiles c’est l’écroulement. Le dénouement de la pièce à la construction implacable sera d’une logique tout aussi irréprochable.
La mise en scène de Jean-Pierre Müller est astucieuse et sobre. Rémy Oppert est un Monsieur Persiles médiocre, prétentieux, puis pitoyable, odieux mais toujours criant de vraisemblance. Bonnet de la Bonnetière, le généalogiste à la compétence rare, aguicheur intéressé est joué avec malice par Romaric Maucoeur. Nathalie Hamel tonique et enjouée est Madame Persiles, ou le bon sens petit bourgeois en action. Elle a de savoureux mouvements d’humeur lorsqu’elle reproche à son époux les « boutades et paradoxes » qui lui tiennent lieu d’amorces de réflexion mais sont destinées à justifier des prises de position péremptoires ou complaisantes. Marie-Véronique Raban, incontournable et savoureuse servante Emilie, partage la bonhomie et le sens pratique de sa maîtresse.
Corrosif et cocasse, Brocéliande est un Montherlant qui vous fera sourire, et rire aussi...

Théâtre du Nord Ouest, dans le cadre de l’Intégrale de Montherlant, jusqu’au 31 décembre. Horaires et réservations au 01 47 70 32 75