25 août 2006

J'existe (foutez-moi la paix), de Pierre Notte

J’existe (foutez-moi la paix), cabaret écrit et conçu par Pierre Notte.

Ne vous laissez pas impressionner par le titre, ça pourrait donner: «…bon, ben, j’voudrais pas déranger… ». Ne pas consulter non plus le programme d’un parcours avec sept repères, ce Déroulé provisoire qui enchaîne des titres dont certains ne sont pas franchement jojos: « Pas de pitié pour les morpions » « Marguerite aime la pine » « l’E.T. et le caca » « Chanson des hommes qu’on n’encule pas » et encore « Les hommes puent ». Ce genre de pseudo-provoc aux relents désabusés risquerait de vous faire passer à côté du spectacle le plus rigoureux en même temps que le plus folâtre, le plus imaginatif et probablement le plus abouti de la rentrée, théâtre et cabaret confondus. Clé donnée par l’auteur, la formule choc « J’existe » est un raccourci de ce qui doit se lire: « Où je sais qui je suis et je sais qui »; sous-titre de la dernière escale forcément provisoire qui jalonne l’itinéraire exploratoire mais exigeant de Pierre Notte, authentique poète décalé. Ecrivain, comédien, journaliste, compositeur, intervenant dans des ateliers d’écriture, il est l’auteur de ce « Moi aussi je suis Catherine Deneuve » qui a ravi-comblé spectateurs et critiques, lui valant récemment le Molière du spectacle privé. On ne sait peut-être pas encore que sur scène il a une plastique, une autorité et une présence magnétiques que lui envirait un danseur, plus un ‘œil’ perplexe qui prend la lumière pour mieux la renvoyer à son public médusé, et une voix chaude, prenante, parfaitement travaillée. Marie Notte, incarnation de ses héroïnes fétiches nées avec le cinéma ou même avant, affiche une sophistication burlesque. Elle bouge plus que joliment, chante parfaitement en duo avec son frère. Vamp exotique ou personnage véhément, elle la joue Garbo ou Elvire pour Dom Juan de Molière. Et ça cascade à coups de références aux univers des écrivains et cinéastes qui les ont nourris, son frère et elle. Ça se tricote pêle-mêle côté Nietzsche, Sartre, Duras (on est condamné à en passer) et autres monstres et monstresses sacrés qui peuplent l’univers pléthorique de ces amoureux des mots. Karen Locquet d’abord à l’arrière-plan et de dos à son piano, après avoir enchaîné des arpèges convaincants et parce qu’elle est plus encore que leur complice, rejoint ses camarades pour délirer avec eux sur le plateau où lumières, sous-titres et images sont des clins d’yeux ou des gags plutôt que de simples illustrations.
Si vous êtes parfaitement incapable de raconter votre traversée d’un certain miroir en compagnie de ces trois lascars, en sortant du spectacle vous savez que vous avez une folle envie de le revoir.

Théâtre des Déchargeurs jusqu’au 30 septembre, du mardi au samedi à 21h30, et le samedi à 17h. Réservations : 0892 70 12 28 et htBillet CE.