02 août 2006

Pasiphaé, de Montherlant

Zeus prit la forme d’un taureau pour séduire Europe, laquelle engendra alors Minos. Devenu roi de Crète, ce dernier demanda à Poséidon de lui dépêcher une bête semblable afin de la lui sacrifier. L’animal qu’il reçut était tellement superbe qu’il l’épargna, souhaitant en faire un reproducteur. Pour se venger le dieu de la mer rendit fou son taureau. Epouse de Minos, Pasiphaé la « toute lumineuse » fille du Soleil et déjà mère de nombreux enfants, se prit de passion pour l’animal divin et leur Minotaure vint au monde. Telle est la version de la mythologie de base. Poème dramatique, Pasiphaé fut écrit par Montherlant quelques années après que, toréant en Espagne, il ait été blessé par une incarnation de ce mythe solaire dont les relations entretenues de tous temps avec les humains le fascinaient, à l’égal des Anciens et de ces Occidentaux, qui, au Moyen-Âge représentaient volontiers des accouplements entre hommes et bêtes. S’il souhaite nous rendre proche son héroïne, le dramaturge le fait avec la fougue du poète de trente ans qu’il était alors et qui exalte la liberté d’un être revendiquant ses choix, quitte à en souffrir infiniment. A l’intention du chœur qui commente et juge la folie et la démesure de son personnage il a voulu une partition dans une langue sensuelle et lumineuse. Elle fait parfaitement écho à celle dont des extraits précèdent les dernières répliques de Minos résolu à châtier l’épouse scandaleuse. Soit une ultime scène où tous deux se jettent à la tête leurs déviances, congénitales ou non, et s’étreignent, pour se livrer ensuite à un simulacre de corps à corps, selon la mise en scène prenante de Damiane Goudet. Sur le plateau nu, elle a composé son chœur de quatre jeunes femmes fredonnant ou entonnant des airs à l’allure antique plus fascinants qu’un décor. Elles nous donnent le texte avec un égal bonheur. Félicie Fabre est la nourrice, chaleureuse et crédule, sensible au malheur de sa reine, cependant que celle-ci « sans fierté comme sans remords » lui demande de se borner à être son témoin: « Je suis ce que je suis et ne veux être rien d’autre ». A sa confidante sidérée, elle avait déjà déclaré: « Aujourd’hui, je recule la mort ».
Minos, Françoua Garrigues a une présence véhémente à la hauteur de sa partenaire, Karine Laleu; Pasiphaé somptueuse, elle chante d’une voix à frémir, dit, danse et irradie le tout. Puis, comme insouciante, elle se prête au jeu proposé par sa très jeune fille Phèdre, fraîche et innocente, dont les interventions sont des ilôts de tendresse. L’assemblage de la Pasiphae et du Chant de Minos de Montherlant, pris en relais par des passages lyriques tirés d’une tragédie perdue d’Euripide à laquelle l’auteur dit avoir eu accès grâce à un manuscrit retrouvé, est convaincant et très beau.

Théâtre du Nord-Ouest, les 2, 3, 4, 5, 6, 21, 22, 23, 24, 25, 26, 27, 29, 30, 31 août, les 4, 6, 7, 9, 10, 20, 21, 22, 23 et 24 septembre. Réservations et horaires : 01 47 70 32 75