07 août 2006

Vive Bouchon, de J. Dell et G. Sibleyras

Le décor est misérabiliste : une petite salle aux papiers peints plus que défraîchis, un minuscule bureau, sa chaise, et une fenêtre d’où l’on aperçoit un clocher banal.
C’est la mairie de Bouchon, village français dont on apprend grâce à son administrateur volubile Jacques, qu’il est quasiment indétectable sur une carte. Devant sa secrétaire Odette, admiratrice docile mais émotive, en twin-set et jupe plissée, il confie tout en arpentant la scène qu’il voudrait voir le tracé d’une autoroute Mourmansk-Gibraltar passer par sa commune.
On comprend que le lascar est un personnage surréaliste que ses inventeurs, qui font assaut d’imagination, ont doté de leur goût pour le canular. Le maire a fait appel aux instances européennes de Bruxelles et obtenu des subventions en faisant état de réalisations grandioses : création d’une zone portuaire (Bouchon est pourtant à 350 kilomètres de la mer), plantation d’une bananeraie de 150 hectares (le premier des bananiers n’étant encore qu’une plante dans un mini pot de fleur). Mystificateur digne d’un Francis Blanche, expert ès statistiques ou textes officiels, mais escroc virtuose, il finit par attirer l’attention d’un fonctionnaire soupçonneux. Robert débarque pour évaluer l’ampleur de la fraude et rétablir l’ordre. A partir de là ça délire, avec virée à Bruxelles, puis guerre d’indépendance avec résistance et regroupement dans un maquis. De Bouchonnais, notez qu’on n’en verra aucun, à part Jacques, Odette, et Nicolas frère et fidèle supporteur du maire qui lui fait jouer les utilités. S’ensuivront l’obtention de l’indépendance de Bouchon, l’attribution d’un siège pour sa représentante à l’ONU, et l’année suivante, la célébration de cette victoire, après neutralisation de l’enquêteur qui a jeté l’éponge. Cerise sur le gâteau, l’égérie quadragénaire de Jacques annonce la venue d’un bébé… dont nous ne vous dirons pas qui est le père. Fantaisie débridée qui ne bascule jamais dans le gras, la complaisance, ou la récupération de situations impliquant des personnages médiatiques, c’est simplement drôle et pertinent. Dans une mise en scène rapide de Jean-Luc Moreau, Jean-Luc Porraz en maire empathique, Guilhem Pellegrin, Robert moustachu avec ce qu’il faut de raide et de sentencieux, Christiane Bopp, Odette vive et touchante et Guillaume Bouchède, Nicolas faux lourdaud, sont efficaces et justes.

Théâtre Michel, du mardi au samedi à 20 h 30 ; matinées samedi à 17 h et dimanche à 15 h. Réservations : 01 42 65 35 02