28 septembre 2006

Arnaque, cocaïne et bricolage, de Mohamed Rouabhi

Au cinéma il y avait eu Sexe, mensonge et vidéo et au théâtre Sexe, magouille et culture générale. Mohamed Rouabhi a bricolé un titre préférant arnaque à mensonge ou magouille. Pamela, créature souriante, seul élément féminin (Albertine M.Itela), du genre meneuse de revue, décrit ce qui se passe sur le plateau comme si le public était constitué en majorité de mal voyants et de débiles : « Un corps inerte est allongé sur le sol.» « Jo (alias « le garagiste obsédé » : Lionnel Astier) enjambe le corps et commence à le secouer ». Le corps est celui d’un travelo ‘à moitié mort’qui lui doit sept mois de loyer. Il s’acharne donc sur lui en compagnie de Ritchie ( le poète « pas ostentatoire » : Samir Guesmi). Les deux malfrats ont pour copains Franckie (« le fils de l’homme qui a vu Zappa » : Mohamed Rouabhi) et Tony « le Feuj » (Edmond Bensimon). Plus Sergio « le caïd magnanime » à l’accent marseillais quasiment rédhibitoire (Georges Fracass). Ce dernier les persuade d’aller dans un château en rénovation mettre la main sur le magot qu’un copain y a planqué avant de laisser sa peau au cours d’une tentative de récupération. Voilà pour le pitch. Sur un demi-plateau les cinq gars sont à peu près aussi à l’aise que des sardines dans une boite, pendant que derrière une moitié de rideau inesthétique s’opérent les changements de décors destinés à donner l’impression qu’on saute constamment d’un lieu à l’autre ; « comme dans un film », dit la metteur en scène Clotilde Moynot. Ces personnages sans la moindre épaisseur gesticulent, se démènent, déblatèrent. Certains se font des lignes de coke à répétition, on se demande si c’est censé être rigolo ou pédagogique. Ils débitent obscénités ordinaires sur allusions ordurières, ouvrent au besoin leur braguette. Le texte est une rafale de mots du genre pédé, pédale, garce, salope, bite, biroute, con, connerie, connasse, connard, cul et enculé…On en compte jusqu’à six à la page, la pièce ayant été publiée par un éditeur probablement kamikaze. « Le Monde est une fosse septique » commente Ritchie le poète. Le public qui a décroché ne réagit même plus aux blagues éculées censées le faire se bidonner. Il est tout ‘sauf sceptique’, mais bien persuadé qu’il a fait le mauvais choix en allant ce soir là dans un lieu où il est habitué à voir autre chose qu’un spectacle bâclé et pitoyable.
Théâtre Le Splendid, du mardi au samedi à 21h, samedi et dimanche à 17h.
Réservations : 01 42 08 21 93