27 septembre 2006

Cher Menteur, de Jérôme Kilt

La correspondance entre des personnages hors du commun à une époque où le genre épistolaire était un art majeur a produit des oeuvres plus palpitantes que des romans. Ces dernières saisons le thème de la fascination mutuelle éprouvée par un homme et une femme célèbres a fait l’objet de nombreuses adaptations théâtrales. Mais c’est Cocteau qui a choisi de signer, en poète facétieux, la version française du Cher Menteur de George Bernard Shaw, son aîné de 33 ans seulement. Anne Bourgeois met en scène un épisode de l’existence de cet auteur surtout reconnu pour son éblouissant Pygmalion pétri d’humour et de cynisme. Elle a voulu que cet échange de lettres dont on sait qu’il aura une fin plutôt amère, nous laisse dans l’ignorance de ce qu’ils attendaient l’un de l’autre ou encore de ce qu’ils partageaient vraiment. Elle, c’est Stella Campbell, comédienne célébrée par Strindberg, Ibsen, Maeterlinck, adulée mais déjà quinquagénaire, au passé encombré d’adorateurs et de maris. Lui, légèrement plus âgé, c’est l’immense Shaw. Heureusement, pas un instant Jérôme Kilt ne tente de nous faire pénétrer dans le mystère de la création littéraire. Emboîtant le pas à l’écrivain irlandais pour qui le langage constitue un exercice jubilatoire, son propos est de divertir grâce aux joutes pratiqués entre deux amants épisodiques devenus partenaires ou confidents . George adresse à Stella tout à la fois des rosseries délectables et des bons mots teintés d’une certaine auto-satisfaction et se voit décocher en retour un : « vous m’avez perdue parce que vous ne m’avez jamais trouvée ». C’est plus agacée que sous le coup d’une quelconque tendresse qu’Anne Bourgeois, Stella sublime de beauté par ailleurs, lui lance encore le fameux « cher menteur ! ». Si elle abandonne rarement son ton coupant, face à elle Patrick Préjean joue un Shaw bonasse, rigolard et comme gouailleur. Ce qui a des allures de parti pris devient un peu déconcertant voire frustrant pour le spectateur. Quelques rares scènes permettent au comédien, voix nouée, de faire passer l’émotion. Au départ cantonnés l’un côté jardin et l’autre côté cour, les protagonistes se frôlent, se font face et se croisent faisant mine de s’ignorer, dans un décor joliment baroque assorti d’éclairages très travaillés qui constitue un partenaire chaleureux et à part entière.
Théâtre le Ranelagh, du mardi au samedi a 19 h, dimanche à 15 h.
Réservations : 01 42 88 64 44