10 septembre 2006

Le Cabaret des hommes perdus

Le Cabaret des hommes perdus, de Christian Siméon
Mise en scène Jean-Luc Revol, musique Patrick Laviosa
L’univers de cet établissement est donc celui des gay, vrais messieurs-dames ; on y côtoie les adeptes des boîtes de peep-show masculin : escort ou prostitués, figurants et acteurs de films porno. Piano, bar, rideau à paillettes, les déguisements et déshabillés affriolants y sont en stock et on vous passe les accessoires même plus équivoques. L’histoire contée par Christian Siméon et relayée par le patron du lieu, « commence et finit dans la crasse », c’est « une épopée pitoyable et narquoise », le récit d’ « une vie sabordée », malgré la tentation du personnage central d’échapper à son destin. Mais « vous êtes tous le destin de votre voisin» conclura le meneur de jeu, ses compères et sa commère faisant chorus. Donc Dick Teyer, jeune et sympathique paumé sans emploi, fait irruption dans le cabaret dont le barman est aussi tatoueur et où le meneur de jeu, maestro en habit scintillant, est flanqué de Lullaby, chochotte mais vraie créature de rêve. Or le mot 'dick' en anglais désigne l’outil de travail de Rocco Siffredi et celui de notre jeune homme a des proportions voisines. Teyer se prononce «théïère» autre référence à l’attribut constituant son atout majeur…son va-tout. Décrété par son hôte, à son corps défendant, bon pour un certain service il effectuera un parcours du combattant dont il mourra d’épuisement, également contaminé par le virus que vous savez. « Qu’est-ce qu’on peut faire ? » interrogent les autres qui enchaînent : « Chanter ! ». Dick aura le temps de nous offrir sa chanson tendre : « C’est ton visage » causant un tsunami d’émotion dans la salle: vous avez compris que cynisme et cruauté n’ont rien à faire ici. Denis d’Arcangelo, l’ineffable meneur de jeu, ex-Madame Raymonde dans un récent spectacle, y prenait le public à témoin : « Il y a des gens qui ont des problèmes autrement plus importants que les nôtres ». Même si certains numéros, bien qu’ébouriffants de cocasserie, sont parfois ‘installés’, ou à l’inverse se font attendre, ou encore semblent juxtaposés, le fil conducteur se révélant inopérant et la dramaturgie improbable, l’ensemble séduit. Les interprètes, comédiens top niveau, dansent, chantent et se donnent à fond, ils ont comme un supplément d’âme. Les lumières inventives sont signées Philippe Lacombe et Patrick Laviosa joue amoureusement la musique qu’il a composée pour ce spectacle trépidant.
Théâtre du Rond Point jusqu’au 22 octobre, du mardi au samedi à 21h, dimanche à 15h30
Réservations 01 44 95 98 21 ou 0 892 701 603