17 septembre 2006

Le Molière imaginaire de J-M Bériat - Y Varco

Le Molière Imaginaire, de Jean-Michel Bériat et Yvan Varco
Puisqu’on est dans le domaine de l’irréel, on rêve que l’écran occupant massivement le fond de la scène, façon tableau pour galerie d’un art qui n’en finirait pas d’être contemporain, s’inventera une utilisation astucieuse. On n’est pas dupe non plus du personnage qui surjoue la condescendance vis à vis de Molière à qui il rend visite dans son bureau aux vagues allures de loge. Louis XIV vient d’autoriser de nouvelles représentations d’un Tartuffe avec passages censurés (voyez l’influence de la Reine-Mère et de la cabale des dévôts). Molière est dubitatif quant aux vraies dispositions à son égard du monarque à la fois mécène et protecteur. Cette comédie labyrinthique comporte des épisodes saugrenus façon BD historique avec secrets d’Etat, où l’identité, la nature et la personnalité des protagonistes sont remises en question. Ici le théâtre-dans-le-théâtre s’enchâsse dans le théâtre. L’auteur dramatique mais surtout le moraliste qui a sondé les âmes de ses contemporains va-t-il donner des leçons à son souverain dont la mission éclairée est de présider à leur destinée ? Molière et le roi échangeront leurs rôles, comme le font dans un cours d’art dramatique le disciple et son maître, lequel monte sur scène pour indiquer ce qu’il faut ou ne faut surtout pas faire. Mais ici, selon nos deux auteurs machiavélisants, le roi et l’écrivain comédien, ont le même désir chevillé au corps de charmer autant que de convaincre et une réelle fascination pour les lieux où le pouvoir s’exerce au premier degré . Ne sachant jamais vraiment qui est qui, on craint que les spectateurs crient « pouce » avant que le manège ne reparte pour un tour. Les comédiens, eux, s’amusent comme des petits fous. Pierre Santini, plus empathique que jamais, est aussi facétieux qu’irrévérentieux et son camarade Benoit Solès fascine par son interprétation de deux individus que tout oppose. « Tu m’as bien amusé » conclut le roi . « Nous sommes-nous tout dit ? » réplique… lequel des deux déjà ? « Au revoir, Molière », « Adieu mon frère ». Musique archi-romantique ; fin d’une démonstration brillante.
Théâtre Mouffetard, jusqu’au 4 novembre, du mercredi au samedi à 21h, dimanche à 15h
Réservations : 01 43 31 11 99