08 septembre 2006

Le songe d'une nuit d'été, de Shakespeare

Le Songe d’une nuit d’été, « de et ou d’après W.Shakespeare » (sic)
Héritier du chœur antique et avec pour mission de mettre le public dans le coup, le meneur de jeu qui vous accueille en costume moulant blanc est devenu chauffeur de salle. En un tour de bonneteau il vous embringue dans une aventure dont vous émergerez proche de la suffocation après avoir côtoyé des personnages du genre chaudières en surchauffe. « Le dément, l’amoureux, le poète sont tous pétris d’imagination » fait dire Shakespeare au duc d’Athènes mais les membres de la Compagnie Casalibus, s’octroyant une jolie marge de manœuvre question délire, font un plaisant (ou complaisant) bras d’honneur à l’auteur qu’ils relèguent jusqu’à en faire l’épiphénomène de sa propre comédie. Il est vrai qu’il pompait ses sujets à droite et à gauche pour les relooker mais ici c’est « babaï raïteur, welcome ze rodéo ». Labelisé « formule Shakespeare » le menu ne laisse pas vraiment le choix entre un coulmiche qui se carapate hors de l’assiette et un dessert du genre sorbet .Tentons de comprendre : deux gentilshommes courtisent la même jolie fille, mais la meilleure amie de celle-ci soupire pour l’un des deux. Soit : amour, mal d’amour, rivalité, amitié … prétextes et foutaises, ont décidé vos plaisantins. Et de grimper aux rideaux selon une formule qui conviendrait s’il y avait des tentures. En leur absence, redoutables acrobates ils escaladent les murs, jonglent avec des accessoires gadgets sur la scène où la foire d’empoigne bat vite son plein. On se culbute, on s’envoie au tapis, ça ricane, on se pschitte pschitte en pleine poire à coup de vaporisateurs. Ca éructe, crache, hoquète ; des lumières stroboscopiques transforment la salle en cabaret torride, jusqu’à ce que Puck le lutin-arbitre siffle des suspensions de jeu. Alors des murmures d’oiseaux vous rafraîchissent comme autant de brumisateurs aux terrasses de café par temps de canicule. Et au détour de commentaires raz le gazon, de citations régurgitées façon élèves de cours de théâtre gavés de répertoire, srgissent des ilôts de ce qu’on a presque honte d’identifier comme étant de la poésie faite de mots simples donnant la mesure du rêve.
Ne pensez pas à Shakespeare ! jouez le jeu, allez au Théâtre du Renard sachant que nos énergumènes sont bourrés de talents multiples, qu’ils chantent avec des voix splendides se mariant à vous en donner le tournis, et qu’un certain état de grâce est alors restauré.
Théâtre du Renard, jusqu’au 11 novembre , du mardi au samedi à 21 heures.
Réservations : 01 42 71 46 50