07 septembre 2006

Rutabaga swing, de Didier Schwartz

Rutabaga swing, de Didier Schwartz, mise en scène de Philippe OgouzRutabaga swing, de Didier Schwartz
Mise en scène de Philippe Ogouz
Philippe Ogouz a aidé Didier Schwartz à accoucher d’un projet qui leur était cher et se trouve donc être à l’origine de ce divertissement aux allures de fantaisie. Mais cette rétrospective si peu orientée ou partisane est aussi une vraie leçon d’histoire. Il serait urgent de la proposer à toutes sortes de gamins et même de moins jeunes pour les guérir, une bonne fois pour toutes, des guerres à la télé qui ne leur laissent aucunement voir comment la génération de leurs arrière-grands parents a pu vivre, parfois survivre, à une période plus que trouble. A cette époque les nouvelles ne vous étaient pas assénées 24 heures sur 24 pour être zappées dès le lendemain. Faisant preuve d’une certaine insouciance et persuadés que tous les maux ont une fin, en 1942 les habitants d’un bourg bien tranquille au coeur de la France se réunissent à l’auberge locale pour danser sur des airs de vedettes de music-hall et reprendre les refrains de leurs paroliers-poètes. Même si tous ne partagent pas des convictions tout justes bonnes à alimenter des propos de comptoir autour d’un petit verre du blanc local, le petit microcosme de Chambier, au début de la pièce, est un manège qui tourne rond. Il y a le facteur, le bibliothécaire, la coiffeuse, la jeune serveuse fraîchement engagée par le petit-fils de la patronne. Archi-centenaire et, selon les dires de tous, trop coquette pour exhiber les ravages que le temps lui a fait subir, elle ne descend plus de sa chambre. Font irruption un septuagénaire, ôtage réchappé d’une exécution ordonnée par l’occupant, et un Ober-lieutenant de la Wehrmacht dont la mission est de résider à l’auberge et d’ y taper des rapports qui, en fait, sont les traductions d’innombrables lettres envoyées par les délateurs locaux. La donne est faussée : parmi ces six personnages il y a un ou plusieurs traîtres (ou semi-traîtres) et de vrais naïfs. Le suspense s’impose lentement mais le dénouement abrupt est logique et poignant. Six comédiens parfaitement distribués chantent et dansent sur des chorégraphies aimables ou se livrent à des numéros individuels désopilants. Mention spéciale pour François Feroleto, jeune officier allemand à la présence et au romantisme lumineux. Dans la pénombre, côté cour, un pianiste accompagne remarquablement des airs inséparables de l’époque choisis pour leur entrain er ce petit pincement de nostalgie qu’ils causent au public. Le décor du bistrot, en bois authentique, est fignolé et chaleureux comme le sont les lumières et les costumes. La rentrée au Théâtre 13 a un petit goût de récré.
Théâtre 13, jusqu’au 15 octobre : mardi, mercredi, vendredi à 20h30, jeudi et samedi à 19h30, dimanche à 15h30.
Réservations : 01 45 88 62 22