03 septembre 2006

Un cheval, de Jean-Marie Besset

(Librement adapté du roman « L’Influence de l’argent sur les histoires d’amour », de Christophe Donner aux Editions Grasset)
Le décor est stylisé : sur fond bleu azur un gigantesque cadre métallique est posé en travers de la scène, complété par une longue banquette en bois tous usages et un lampadaire fait d’une boule blanche au sommet d’une hampe. Sa légèreté rassure, il ne risque pas de distraire de l’action ni d’écraser ses protagonistes. A peine a-t-on remarqué à l’arrière-plan un écran où se tiendra le vrai lieu de l’action , la portion de terrain où sont projetés dans le feu de l’action et comme à la télé les images des chevaux aux réunions hippiques du week-end. Les voix off et ‘distnguées’ des commentateurs vous feraient tomber d’accord avec le personnage au léger rictus qui déclare : « C’est une vie d’aristocrate, les courses ! ».
Face au public, côte à côte avec ses camarades : un parieur émérite, un jockey gouailleur et un entraîneur cynique, suivant avec eux le déroulement des courses, François (Jean-Marie Besset) ne quitte ses jumelles que pour faire des apartés plutôt désabusés concernant son existence. Ecrivain de profession il est devenu ce parieur accro dont les copains se moquent parce qu’il mise sur des tocards, dont un en particulier se nomme « Karma-quelquechose ». On comprend également que pour cet intello, la course hippique est une métaphore de l’existence, de même que le cheval, par substitution analogique, symbolise l’homme dans son animalité. Jamais à cours de formulations, il mentionnera le « fantasme de la jouissance phallique », peut-être parce que marié à Lucia (Camille Japy) ex-chanteuse, mais toujours super-sexy selon les copains ; il se rend compte qu’elle s’est mise à douter de la solidité des liens conjugaux. Bref, malgré la présence de leur brave gosse d’Anita, le couple tire si visiblement à hue et à dia que l’entourage leur demande régulièrement où ils en sont. Elle élude la question, lui fait de même. La suite ? Lucia fantasmera de son côté sur un manteau vert à col de vison, François pariera frénétiquement une fois encore sur son favori une fois pour pouvoir le lui offrir. Elle,de son côté, misera pour la première fois, devinez sur qui ? Moralité: qui sera en tête de la dernière course finalement? C’est tout.
Avec des situations qui font endosser des rôles multiples ou désopilants aux comédiens gravitant autour de François et Lucia : Gibert Désveaux, Mickaël Gaspar et Eric Théobald, (mention spéciale pour le chauffeur de taxi, philosophe insoupçonné qui parie uniquement sur les chevaux perdants et refuse tout pourboire), avec des répliques qui s’efforcent de pétarader, cette course en terrain plat s’essoufle avant les derniers deux cents mêtres.
Montée dans un café-théâtre, cette mince comédie risquerait d’y attirer un public de turfistes d’occasion qui, pour draguer leurs petites amies - en ajoutant ou substituant leurs commentaires éclairés à ceux qui constituent le ronron des dialogues - les y emmeneraient après ou avant un diner sympa dans un quartier branché-trentenaires. Ce Cheval a pour ambition de faire les beaux soirs de La Pépinière qui nous a offert pourtant de si jolies émotions de théâtre ces dernières saisons. A vous de tenter un pari à très grosse cote.
Mise en scène Gilbert Désveaux .
Théâtre Pépinière Opéra, du mardi au samedi à 21h, matinée samedi à 18h
Réservations : 01 42 61 44 16