28 octobre 2006

Adam, Eve et descendances... de Pascal Bancou

La recette est folâtre : après avoir recensé les couples célèbres depuis le premier, en faire un tri sélectif, n’en garder qu’une vingtaine pour un spectacle d’1 heure 30, durée d’une phase de sommeil, et de ce que le public moyen peut supporter. Faire de ces amants les protagonistes de sketches de tous poil, couleurs et styles, à la manière de… ou pot-pourris sans doute littéraires. Ce faisant, donner à réfléchir, introduire l’amorce d’un débat, d’une polémique. Passer en revue le rôle du mâle et de la femelle dans la procréation, tenter de cerner l’amour ‘ fou’, la fidélité, fustiger les codes et les interdits, évoquer l’éveil des consciences. Dieu et le diable y sont-ils pour quelque chose, à propos existent-ils ? Tout déballer, puis faire décoiffer par le vent de l’histoire dont on dégringolera le cours, galopades et galipettes des comédiens en prime. Avec item sur scène ceinture de chasteté et mode d’emploi. Des noirs sont nécessaires pour que vos Adam et Eve, Héloïse et Abélard, et Cie, véritables Frégoli, endossent ou se débarassent à la volée de costumes minimalistes mais tous plus d’époque les uns que les autres. Jolie performance technique qu’on salue. Faire que la démonstration suive le fil du temps escamotant certaines époques pour s’enquiller ou s’enliser dans d’autres, selon l’inspiration de Pascal Bancou qui tire les fils de ses pantins gambadant. Décompresser : voici un hâvre de grâce, un poème dit à deux… d’Eluard il est vrai. Choisir une comédienne, Isabelle Andréani, vénuste et gaillarde, à l’aise dans la rigolade autant que dans le romantisme, avec ce côté frêle d’une qu’on aimerait protéger avant ou après l’avoir confessée. La déguiser en baronne roumaine avec accent, la voiler pour en faire une gentille infirmière pour gueules cassées. Lui donner pour partenaire un comédien, Xavier Lemaire, prestance et dents splendides, roulant autant les mécaniques que des yeux exorbités par la concupiscence, qu’il soit barbare, conquérant, apprenti-gandin, moine ou macho classique. De ce spectacle en forme de course-poursuite avec ou sans prétention (c’est vous qui verrez), faire un tabac à Avignon-off 2006 puis le programmer à Paris dans un lieu plaisant et central jusqu’à la fin janvier.Vous y attendre. Une séance exceptionnelle est prévue le 31 décembre. Vous y viendrez vous esbaudir avant ou après le réveillon. Le champagne sera-t-il servi à l’issue de la représentation ? De toute façon gueule de bois assurée.
Théâtre Essaïon, du mercredi au samedi à 20 h. Réservations : 01 42 78 46 42