02 octobre 2006

La ville dont le prince est un enfant, de Montherlant

« Il n’est pas dans les intentions présentes de l’auteur que la Ville dont le prince est un enfant soit représentée » déclarait Montherlant lors de sa parution en 1951. Il craignait que le sujet de la pièce soit pris pour une charge contre les éducateurs catholiques.
L’Abbé de Pradts, préfet de la division des « moyens » d’un collège parisien convoque fréquemment dans son bureau le jeune Souplier, 14 ans, élève médiocre et indiscipliné pour le mettre en garde contre la légèreté, la facilité, la veulerie, ces trois ennemis de l’adolescent. Il le presse de questions témoignant de son extrême intérêt pour lui et admet mal qu’il ait pu lier une amitié particulière à l’allure de pacte avec Sevrais 16 ans, brillant élève de philosophie. La suite ressemble à un roman. Sevrais a un tête à tête avec Souplier qui ferme brusquement la porte de la resserre où ils se sont retrouvés. Pour leur éviter un scandale, dit-il, l’Abbé de Pradts fait renvoyer Sevrais, plus âgé donc plus responsable. Il lui fait promettre de ne plus revoir son camarade, mais est informé à son tour que le Père Supérieur vient aussi d’exclure Souplier pour le bien de ce celui-ci et… le sien. La scène finale, magistrale, met les deux prêtres face à face. Le Père prévient l’abbé qu’il a outrepassé les exigences de sa mission au point de mettre sa foi en danger, puisque ce qu’il éprouve pour son protégé est ‘un attachement où Dieu n’est pas’. L’abbé se débat, lui rétorquant que si son supérieur a du respect pour le péché, il n’en a pas pour la faiblesse humaine. Puis il s’effondre en sanglots. Tout au long de la pièce se pressent les questions qui les taraudent tous : est-ce illusoire de ‘chercher le bien’ de quelqu’un ? Que sont l’orgueil, la confiance, la fidélité, la générosité mais encore la force et la faiblesse, non pas seulement du Chrétien mais de l’être humain ? La mise en scène utilise la salle de théâtre d’une façon qui aurait plu à Montherlant ; il voulait un espace avec une « vision rapprochée » pour que les jeux de scène et les « petits gestes » si peu spectaculaires qu’il autorisait à ses personnages, en soient d’autant plus significatifs. Pour le choix des jeunes comédiens Jean-Luc Jeener s’est plié aux conditions que l’auteur réitérait à Jean-Louis Barrault lors des auditions destinées à choisir un Souplier et un Sevrais : « Il faut que cela soit admirable, ou que cela ne soit pas. » Pascal Parsat est troublant en Abbé de Pradts élégant mais à la sensibilité d’écorché contenue. Robert Marcy impose un Père Supérieur à l’autorité et à la compassion bouleversantes. Jusqu’à la fin décembre, une trentaine de représentations feront découvrir ou redécouvrir cette pièce très souvent montée, mais rarement de façon si convaincante.
Théâtre du Nord-Ouest, jusqu’au 31 décembre. Dates et réservations : 01 47 70 32 75