03 octobre 2006

Madame Colette a-t-elle une âme? d'après Colette

Madame Colette a-t-elle une âme ?, de Gérard Bonal d’après Colette
Le titre est celui d’un article publié par un journaliste plus exaspéré par les provocations d’une femme émancipée, non-conformiste et excentrique, que de l’auteur célèbre. Il se fait aussi le relais des bien-pensants soulagés de ce qu’aucune célébration chrétienne n’ait précédé ses funérailles nationales. Colette était païenne ; pour elle le paradis avait précédé l’apparition de l’homme sur la terre, ou alors se situait dans l’enfance. Pour ce montage de textes devenu partition à trois voix, Gérard Bonal a fait un choix difficile privilégiant les épisodes de sa vie qui, selon lui, la définissent le mieux. Sur le plateau exigu de la Huchette : une table, quelques chaises de jardin ; seul un châle rouge accroche le regard .Trois comédiennes s’y croisent, s’y succèdent, s’y rencontrent. L’une ( émouvante Claude Darvy dont le visage et le regard évoquent étonnamment la romancière) résume les autres ; elle est Colette âgée mais aussi Sido sa mère, référence autant que modèle, la femme qui répétait à la petite Gabrielle : « regarde ». Celle qui déclinait l’invitation de sa fille adorée à lui rendre visite parce qu’une fleur fragile venait d’éclore sur un arbre rare de ce jardin où, de sa jolie voix, elle hélait sa progéniture à l’heure du goûter: « Où sont, où sont les enfants ? ». La seconde (Frédérique Villedent, incisive, magnétique) est la Colette mûre, lucide, cocasse avec son sens de la répartie. Celle qui dévoilait une plastique travaillée dans des cours de gymnastique et se faisait applaudir dans des pantomimes pour gagner sa vie; cette « battante » qui ne voulut jamais être prise de court. La troisième (Dominique Scheer, enjouée et chaleureuse) est une Colette jeune femme obstinée à la longue natte. Elle déclare avoir été au départ « un écrivain qui ne voulait pas écrire », martèle « qu’elle veut faire ce qu’elle veut. » Elle énonce ce à quoi elle a successivement tourné le dos, et on se souvient de son stoïcisme dans la maladie lorsque condamnée à un fauteuil d’infirme elle se sépara de ses chats par sollicitude pour ses compagnons bien-aimés qu’elle ne pouvait plus soigner. La rétrospective évoque encore le rôle joué par Missy et Marguerite Moreno, ces amies si fidèles, dans une carrière aux aspects multiples et déconcertants. La naissance de sa fille la fait s’exclamer : « ma fille est magnifique ! ». Mais les hommes qui comptèrent pour elle : Monsieur Willy son initiateur, Jouvenel son second mari, entre autres, sont simplement mentionnés. Au soir de sa vie, résignée, admirable, elle conclut: « C’est moi qui m’éloigne ». La langue sensuelle qu’elle dédiait à ses lecteurs pour leur faire partager ses innombrables plaisirs cesse de se faire entendre et sur scène les lumières déclinent.
Mise en espace : Claude Darvy
Théâtre de la Huchette, le samedi à 21h. Réservations : 01 43 26 38 99