11 octobre 2006

Mata Hari, d' Herman van Veen

Tout ou presque a été dit au sujet de Mata Hari, cette danseuse scandaleuse qui enthousiasma le public des music-halls européens mais, collectionnant les amants, n’aurait été qu’une intrigante avide de gloire et de fortune doublée d’une tricheuse ou pire. Son exécution pour espionnage en 1917 n’eut pas d’autre raison que de satisfaire une opinion publique surchauffée par la guerre. Elle soulagea également ceux qui se mordaient les doigts d’avoir côtoyé alliés et ennemis dans son carnet de bal ou éventuellement son journal intime. Hermann van Veen a fait le choix séduisant de mettre en scène et de faire témoigner une certaine Anna compatriote de Margaretha Zelle qui, selon lui, était devenue son amie de cœur. Elle aurait partagé jusqu’à ses amoureux, se retrouvant ainsi à l’origine d’un quiproquo suivi de la dénonciation qui l’envoya à la mort . Mais plus que cette trouvaille, c’est le goût de l’authenticité et de la beauté qui donne son ton à ce spectacle. Les tableaux d’une très grande variété, les costumes, les musiques et les textes raffinés tranchent avec trop de comédies musicales où ce qui se dit sur scène n’est là que pour meubler entre des airs ou des numéros dansés. Anna remonte le cours des souvenirs la liant à celle qui est devenue Mata Hari après son mariage et son séjour aux Indes néerlandaises. Mais c’est une danseuse aérienne et charnelle à la fois, née à Java (Wendel Spier) qui l’incarne sur des chorégraphies envoûtantes. Silke Mehler, comédienne et danseuse expressive et émouvante, Martine de Kok musicienne étonnante au piano et à l’accordéon, sont les camarades d’école irrévérentieuses puis la nonne qui visite la condamnée dans sa prison ou le crieur de journaux chargé des proclamations publiques. Il n’y a aucune pause, aucune sophistication dans le jeu de ces très jeunes femmes qui incarnent avec voracité l’amour de la vie, en soulignent les côtés cocasses ou plus sombres. La grâce infinie de Gaétane Bouchez illumine la distribution ; elle est cette Anna qui nous fait partager admiration et compassion pour l’artiste, la chavireuse de cœurs dont les choix la portèrent malencontreusement vers des hommes sanglés dans des uniformes, jusqu’au coup de feu final . En filigrane l’auteur dénonce injustices et absurdités. Ne manquez pas ce spectacle de très grande classe.
Hôtel Prince de Galles, 33 avenue George V, les 22 octobre, 5 et 19 novembre à 15h. Réservations : 01 53 23 77 77.
Théâtre du Renard, du 14 novembre au 2 décembre, du mardi au samedi à 19h. Réservations : 01 42 64 30 53.