13 octobre 2006

Sand et Musset, de Michèle Ressi


Chronique des années 1833 à 1835 qui virent naître et s’achever la liaison d’Alfred et de George ; la pièce débute avant l’irruption du docteur Pagello dans la vie de Sand. On se souvient des soins qu’il prodigua aux amants tombés malades lors de leur escapade à Venise. Le comédien qui joue le rôle du médecin reste présent sur la scène jusqu’à la toute fin, comme si son souvenir obsédait Musset plus encore que celle qui s’était jetée dans les bras de l’Italien tandis que lui-même gisait inconscient. Tout se passe en deux temps mais également trois mouvements : après l’épisode Pagello, Alfred dont la jalousie maladive avait exacerbé la passion tente de renouer avec George, d’abord avec succès. Les épisodes choisis par Michèle Ressi pour son montage sont certifiés conformes par les lettres échangées entre les protagonistes, mais aussi les récits de leurs amis, ces témoins privilégiés. Une quarantaine de séquences plus ou moins courtes, parfois échevelées, avec ébauches d’ébats torrides, réunissent ou confrontent Sand à Musset mais aussi à Marie Dorval, la « chère aimée ». Il est fait allusion à l’admiration éprouvée pour la comédienne par la romancière que les hommes ne comblaient pas, sentiment qui se doublait d’une attirance trouble. On comprend également que Sand considérait ses amants comme des fils de substitution; la passion une fois morte elle les distribuait éventuellement dans des emplois de pères de remplacement. Mais les amants du siècle sont bel et bien devant nous,invoquant une mort qu’ils feignent de souhaiter et qui les guérirait d’une aventure qu’ils n’ont pas su mener à bien, reconnaîssant que la chose était irréalisable. La mise en scène d’Albert-André Lheureux transforme le plateau intimiste de la Huchette en lieu multiple. Anne Raphaël est une George Sand vive, charnelle et particulièrement savoureuse, percutante lorsque ses répliques sont pleines de bon sens. Ivan Gonzalez, Musset séduisant, fougueux ou ironique évoque le Francis Huster des débuts. Le Pagello que joue Giovanni Vitello, comparse plutôt terne au début, devient un personnage extrêmement touchant. Sophie Tonneau arbore la chevelure figurant sur les portraits de Marie Dorval; souriante, gentille, elle minaude un peu pour adopter le moment venu un ton grandiloquent, caricature de la tragédienne légendaire qu’elle incarne. Une génération qu’un certain romantisme fait fantasmer, risque d’adorer cette rétrospective à peine didactique, truffée de citations d’auteurs qu’elle aime, qu’elle découvre ou redécouvre. Théâtre de la Huchette, du lundi au samedi à 21h. Réservations : 01 43 26 38 99