09 novembre 2006

Bobo, par Bénureau

Assister à un spectacle de Bénureau au milieu d’un public de fans, c’est une gageure ; il faut courir après l’envie de se pâmer à l’éructation qui suit son sketch, couverte par les glapissements de voisins en délire, tandis que le séisme se propageant dans le théâtre finit d’aligner des victimes consentantes. La salle n’a pourtant pas été chauffée. Dilemme : comment concevoir une assistance qui ne soit pas composée de sectateurs de l’humoriste ? Bénureau, on n’aime pas à moitié. Et ça dure depuis quand déjà ? Pour que la renommée d‘un chef ou d’un simple cuistot se maintienne il suffit qu’il dose différemment les ingrédients de sa recette-fétiche. La récente concoction de l’humoriste s’intitule Bobo. On ne se demande même pas si le terme cible les Parisiens du dix-septième chicos et autres olibrius branchouilles (recensés ad nauseam par un chanteur à la voix lassée qu’il parodie) ou si le titre fait référence aux méfaits du picrate et autres bobos collatéraux de l’âme. Donc dans son boui-boui la carte est inchangée : curés érotomanes, pour ne pas dire plus, et leurs ouailles dégénérées, vieillards intempestifs délabrés et homos hallucinés en rut. Et de jouer une fois de plus du pelvis, basculant ses avantages vers le public et mimant un brave bonobo en action. S’il avoue que ses personnages sont bêtes et méchants, et ceux de la cuvée 2006 sont effectivement consternants de bêtise et ruisselants de méchanceté, il jure qu’il ne bascule jamais dans la vulgarité. C’est ce qui reste à voir. Même si on a compris qu’avec lui il faut tout avaler au second degré, au risque de se retrouver au trente-sixième dessous, à la cave, bon à réanimer, comme il l’est quand il joue les alcoolos au tapis. ( Ici ce sont des femmes de députés qui se cuitent, les maris et leurs partis trinqueront.) Pour plats du jour on a des extra-terrestres zézayants et insipides, des nigauds de gamins qu’il rend moyennement pitoyables parce qu’il est resté lui-même un gros gosse, des soudanais ex-têtes de nègres qu’on enrobe de sirop altermondialiste, mais tout ça reste fade. Alors, d’un cellier aux relents de moisi, il remonte quelques mamies et belle-doches douceâtres au premier claquement de langue, mais qui, fielleuses, se mettent à dégueuler des injures à l’adresse de la chair de leur chair, succédanés ou pièces rapportées. Postillonnant, crachant, hurlant il est au bord de l’apoplexie. Il semble résolu à ne conclure aucun de ses numéros de façon percutante ; on finit par se dire que ça va s’arranger, qu’il y arrivera, que sur le tarmac on est avec lui au bout de la piste d’envol. Un petit galop d’homme-bourin, il pétarade, un épisode où il devient enfin vraiment loufoque, et ç’est terminé. Notez qu’enchaînant frustration sur frustration, finalement on n’a pas vu le temps passer. Et la contemplation du public, irrésistiblement hystérique, vaut le déplacement.
Studio des Champs Elysées, du mardi au samedi à 21 heures. Réservations : 01 53 23 99 19