02 novembre 2006

Enfance, de Nathalie Sarraute

Une silhouette fine, longiligne, perdue dans l’immense espace scénique à peine éclairé. Au sol la projection d’une fenêtre à barreaux. Une voix grave s’élève, affectueuse, inquiète, à peine réprobatrice : - Alors, tu vas vraiment faire ça ? « Evoquer tes souvenirs d’enfance »… Le récit original dont est tiré le spectacle est une sorte de conversation qui alterne passé et présent entre l’écrivain et son double. Martine Pascal sort de la pénombre. Dans son élégante tenue noire et blanche elle emprunte les traits de Nathalie, épouse son allure, lui ressemble comme une sœur. La voix n’intervient plus, c’est un monologue qui répond aux questions tendres, inquiètes et aux commentaires du texte de Sarraute, supprimés dans cette version scènique. Martine-Nathalie s’est mise à sa petite table d’enfant, a ouvert un grand cahier. Michel Cournot a choisi parmi les épisodes-clés de sa première jeunesse ceux qui allaient peut-être obliger cette petite fille précoce et hypersensible à devenir l’écrivain qu’on aime. Son enfance se partage entre la Russie de sa naissance et la France où elle vit auprès de son père et de la très jeune femme devenue sa seconde épouse, puis de sa petite demi-sœur. Sa mère lui écrit, réapparaît, redisparaît. Son souvenir obnubile la fillette qui l’adule ; elle intègre les bouffées de sensations qui lui viennent mais en les analysant t.oujours. Elle consigne ses impressions de la vie à Paris, dont les éclairages changent selon ses émois, les départs, les voyages, évoque la fratrie des oncles, tantes, cousins, frères aimés et admirés ; elle dit la perte de confiance dans les adultes qui l’entourent. Elle n’a pas neuf ans. « La petite n’est pas heureuse » écrit sa mère à son père. Il rassure son enfant : « Ne t’en fais pas, tout s’arrange ». Martine lève les yeux, accueille l’image qui s’impose, se recueille en attendant la prochaine. Le petit cérémonial de l’enfance revécue a son cours. Les épisodes anecdotiques ou douloureux restent en filigrane. Et la confiance est retrouvée. « Quand je regarde ce qui s’offre à moi maintenant, je vois comme un énorme espace très encombré, bien éclairé… » Là s’arrête l’enfance pour Nathalie. Martine est debout, livre refermé, la même et cependant différente. Nous aussi et nous lui en savons gré.
Théâtre Artistic Athévains en alternance avec Outside / La Vie matérielle de Marguerite Duras, voir dates, horaires et réservations : 01 43 56 38 32