25 novembre 2006

Ignace de Loyola, par le Théâtre du Regard

Ignace de Loyola « Itinéraire d’un pèlerin », d’après le récit du Père Louis Gonçalvès par Zygmunt Blazynski et Pierre Lefebvre.
La crypte baigne dans une lumière bleue, des musiques incitent à se recueillir et à accueillir l’ineffable. Derrière l’autel des projections de tableaux semblables à ceux qui figurent dans les anciennes églises. L’esprit et l’âme sont conviés à un certain voyage, et c’est bien ceux qu’ a entrepris Ignace de Loyola le jour où, ayant eu certaines révélations de la part de son Créateur et ayant été gratifié de visions, il décide d’abandonner l’état de soldat pour devenir pèlerin de Dieu. Le récit du Père Louis Gonçalvès écrit « aussitôt qu’il l’eut recueilli de la bouche même du Père Ignace » est fait par un narrateur dévoué et touchant à force de minutie. Les nombreuse coupes dont il a dû faire l’objet pour pouvoir être présenté sur scène sans être théâtralisé, comme c’est le cas ici, ne masquent pas la tendresse et l’admiration que son compagnon éprouve pour Ignace . Devenu pèlerin celui-ci va de Gènes à Venise, de Barcelone à Chypre, à Salamanque et en bien des lieux inspirants. Il y est la victime, prisonnier ou ôtage, de conflits opposant nations et empires. Ce sont autant de mises à l’épreuve, précédées ou suivies de procès pas uniquement d’intentions. Mais l’homme obstiné, toujours à l’écoute de sa voix intérieure et de sa raison,(ce qui est très important) élabore peu à peu la règle qui sera la sienne avant de la proposer à ses compagnons. Les réponses aux questions qu’il se pose lui viennent après avoir prié.Tout est examiné : glorifier le créateur, vaincre la tentation, mendier, donner aux pauvres, confesser ses erreurs passées, mais ne pas le faire trop longtemps, se mettre ou se remettre aux études, progresser dans toutes les dimensions. Et encore pratiquer la miséricorde, la pauvreté, la chasteté, être utile aux âmes dont on veut le salut, enseigner le catéchisme aux enfants. Avoir dans toutes ses démarches l’aval du Pape. Rien de ce qui va constituer la règle de la Compagnie de Jésus n’est présenté d’abord comme avéré. Toujours l’âme progresse, cependant que le voyageur chemine… souvent à dos de mule. La narration se poursuit avec des épisodes teintés d’ humour involontaire. Les dates sont précises et un certain compte à rebours a commencé le jour où Ignace ayant surmonté comme par miracle de nombreuses péripéties douloureuses, sa santé décline inexorablement. « Dieu nous l’enlève, cette fois c’est le Père qui parle » conclut l’oraison funèbre du narrateur. La mise en espace est stylisée, deux hommes en tuniques se répondent et racontent, sur le ton loin d’être monocorde d’une lecture au réfectoire d’une abbaye. Chaleureux et rigoureux à la fois, les comédiens vivent leur texte de l’intérieur.
Crypte du Martyrium Saint Denis, 11 rue Yvonne le Tac, Paris, jusqu’au 10 décembre, vendredi et samedi à 20h30, dimanche à 16h30. Réservations : 01 42 23 48 94