19 novembre 2006

j'espérons que je m'en sortira, d'après M. d'Orta

J’espérons que je m’en sortira, d’après Marcello d’Orta
Depuis que le spectacle a fait un bonheur à Avignon on a accepté que son titre ‘plin de fôte groçiaire’ soit la traduction, moitié mot-à-mot moitié adaptation, de l’italien Io speriamo che me la cavo. ‘J’espaire que je m’en sortiré’ aurait probablement fait l’affaire mais on a compris que le locuteur manie sa langue au pif quoique avec déférence, l’apprentissage de l’orthographe lui semblant… comment aurait dit l’instit…rhédibitoire ! La pièce est une enfilade de témoignages d’écoliers napolitains qui , dans les années quatre-vingt ,élaboraient une cosmogonie originale cousinant parfois de loin avec celle de nos têtes blondes . La camora, le diable, le Pape et les détestables ressortissants de la Suisse, ces planqués, y jouent les vedettes. Ainsi que certains concierges et les gens qu’on rencontre à l’hôpital. En gros tous les adultes face à leurs responsabiblités ou confrontés aux evénements majeurs qui affectent la planète. Et en premier lieu Arzano, ce faubourg où les bambini vivent dans des maisons « déglingouillées ». Le manque d’argent et la drogue sont quotidiennement au menu. S’ils sont à la fois perspicaces et perplexes, prompts à interprêter ce qu’ils ne comprennent surtout pas, ils restent indulgents pour leurs géniteurs à qui ils font pourtant confiance . La vie est plutôt belle et, se souvient l’un d’eux, à un certain moment « j’étais content à cause du bonheur ». Sur scène, le maître est devant ou derrière un vrai bureau avec une vraie mappemonde, et un vrai projecteur de diapos qui envoie de vraies vues de Naples sur un tableau-vrai-écran. Des musiques de films felliniens font plus que couleur locale. Bernard Menez seul en scène joue à la fois les écoliers et l’instituteur. Quitte à descendre dans la salle pour distribuer des bons points à ceux qui ont lu les rédactions les plus cocasses. Il les désigne : « Toi Giulia… et toi Mario…et toi… » ; le premier et le deuxième rang y passent. On connaît l’épisode où il a été lui-même enseignant avant de devenir l’acteur drôle et touchant dont la filmographie et les rôles au théâtre dans les grands vaudevilles seraient trop longs à récapituler. Il convainc parfaitement en maître d’école à peine tatillon mais plein de mansuétude. Les allusions aux classiques français « Les sanglots longs des violons de l’automne … de qui est-ce déja ? » et autres questions aux spectateurs : « la Révolution c’est en quelle année ? » sont un choix peu crédible dans ce contexte transalpin . Cela ralentit le tout mais n’empêchera pas les spectateurs, jeunes ou moins jeunes, de passer un délicieux moment d’émotion au Sudden Théâtre.
Sudden Théâtre, jusqu’au 6 janvier, du mardi au samedi à 21h, samedi à 17 h.
Réservations : 01 42 62 35 00