16 novembre 2006

La Cagnotte, d'Eugène Labiche

Son titre rimant avec mascotte la pièce figure bien sûr parmi la vingtaine sur les quatre-vingt quinze qui, ovationnées à leur création au Théâtre du Palais Royal, y restèrent à l’affiche des mois durant. Certains metteurs en scène moralisateurs se sont ensuite apesantis sur les travers des protagonistes. La petite bande de notables de la Ferté sous Jouarre, aux confins de la Brie et de la Champagne, qui décide d’aller faire une virée dans la capitale, histoire d’y croquer l’argent gagné ensemble au jeu, se compose d’authentiques ploucs. S’ils se croient finauds ça crève pourtant les yeux qu’ils sont des fanfarons auto-satisfaits, affublés de tics, bourrés d’idées reçues. Hurluberlus ‘bernables’ jusqu’à plus soif, certains plus attachants que dérangeants, mais la plupart très inoffensifs. Il serait fâcheux d’exhumer sous cette quasi-pochade une œuvre réaliste ou même d’y quêter une quelconque vraisemblance. Très vite tout n’a guère plus de queue que de tête, l’histoire s’emberlificotant dans des épisodes loufoques à une cadence frénétique. Au restaurant parisien renommé, le notaire, le pharmacien, le fermier et la demoiselle montée en graine se font arnaquer, pour se retrouver au tribunal, accusés d’un vol qu’ils n’ont pas commis. De rencontres inopinées et malencontreuses en quiproquos, ils finissent par douter de pouvoir un jour reprendre le train pour chez eux .Ce qui a emballé Patrick Pelloquet, c’est qu’actionnant la lanterne magique il peut faire caracoler sur scène outre des bourgeois attifés, de fringants serveurs enjaquettés, des gendarmes enmoustachés, mais aussi des flopées de comparses en perruques, toges, costumes de d’Artagnan, de Mamamouchi à turban, de fée en hennin et ou même de cow-boy ordinaire. Ce bataclan est moins anachronique encore que les musiques folk ou jazz, jouées au saxo avec batteries improvisées par de vrais musiciens. Blues à fendre l’âme du garçon de restaurant avec en coulisse fond de bruits sympathiques de cuisine, intermède haletant où nos Fertois percent des trous dans le décor à l’aide d’une pioche tout en hurlant des airs barbares censés couvrir les coups: il faut qu’ils s’extirpent du lieu où ils sont claquemurés. D’où pans de carton-pâte s’écroulant en. Poussière. Fumées. Sur scène la petite bande toussote et le public suffoque de rire. Ouate pour paysage de Noël , une petite neige finit par joncher le plateau emballant le cadeau anticipé qu’est ce spectacle où le burlesque ne vire jamais au grotesque. Une troupe enjouée et hors pair de treize comédiens et deux musiciens, santons pour crêche farfelue, défilent, virevoltent ou trépignent dans un décor pourri d’astuces.
Théâtre 14, jusqu’au 31 décembre, mardi, mercredi,vendredi et samedi à 20h30, jeudi à 19h, matinée samedi à 16h. Réservations : 01 45 45 49 77