21 novembre 2006

La mort qui fait le trottoir, d'Henry de Montherlant

La mort qui fait le trottoir (Don Juan), de Montherlant
L’auteur était fier que sa lignée l’ait fait fils de cette Espagne qui le hantait. Très jeune il a longuement séjourné dans la patrie de Don Juan. La réactualisation de la dimension « mythique » du personnage, à la mode chez les intellectuels des années 1950, l’a incité à ne pas être en reste. Titillé, il ne s’est pas coulé dans la peau du séducteur et libre-penseur impénitent, mais il l’a mis au centre d’une tragi-comédie de sa façon, flanqué de personnages adventices. Certains sont les protagonistes de la pièce de Molière avec ‘Le Commandeur’ en tête de peloton. D’autres sont des rigolos de service, commentant plus à tort qu’à travers les agissements de l’anti-héros. Cela donne une pièce composite, un fourre-tout monté ici sans décor, avec un minimum d’accessoires et des costumes volontairement fonctionnels et sans grâce. Heureusement que Don Juan, le délectable Sacha Pétronijévic, pourrait être le fils de celui que Montherlant a portraituré. Sale galopin plus qu’imprécateur vieillissant il galope effectivement sur le plateau, escorté de son fils Alcacer à la fois son confident et son entremetteur. Cela laisserait pantois si on n’avait en mémoire les multiples œuvres où l’auteur avoue sa piètre idée des relations familiales. Quant aux femmes, dans La mort qui fait le trottoir ce sont des gourdes piquantes pour individus vaguement pédophiles ou des jacasses plutôt frigides. Une ou deux trouvent grâce à ses yeux et l’amènent au bord de larmes qui ne laissent cependant présager aucun désir de rédemption. Le méchant homme, joué ici comme un pitre, n’a pas de part d’ombre et en cela il est plutôt sympathique. Il courtise le bon mot ou l’aphorisme, thésaurise les idées reçues. Cela fourmille de réflexions qui seraient consternantes, si elles n’étaient que des canulars de potaches ou des répliques pour roman-photo. Des numéros burlesques avec hurlements précèdent des épisodes avec pistolaches : « pan-pan » . Puis Don Juan redevient un desperado recherché pour le meurtre du très noble père de sa trop jeune amante et en danger de rendre des comptes à son roi . Ayant coupé au châtiment, le joyeux obsédé à qui il faut trois partenaires par jour s’enfuit au Portugal, pour y poursuivre ses conquêtes. « Il s’agit de vivre », n’est-ce pas ? Quant à l’amour « On n’aime d’amour avec un grand A que ceux qu’on ne peut pas aimer ». Cynique et amoral il a réintégré sa légende. Il ricane : un ha-ha-ha sardonique et c’est la fin. Le public ne l’a pas vue venir. Résigné il aurait peut-être enduré une suite, peu importe laquelle. Comment freiner un auteur qui d’évidence jubile à surmultiplier ici répliques et péripéties ?
Théâtre du Nord-Ouest, Intégrale Montherlant jusqu’au 31 décembre. Dates et réservations : 01 47 70 32 75