19 novembre 2006

La récréation du monde, de Laurence Vielle

La Récréation du monde, de Laurence Vielle Mise en scène Claude Guerre

« Je me pose pas trop d’questions » tel est le refrain de sa Balade pour les tortues marines, ou est-ce Ballade qu’il faut lire ? Laurence Vielle sait raconter, se raconter, et presque répondre avant qu’on ne l’interroge. Peu de questions à son sujet ? son parcours est pourtant captivant. Depuis quand la diplômée de philologie romane devenue comédienne est-elle poète ? on n’a pas de dates, elle non plus, bien sûr. On se laisse à peine prendre à la désinvolture avec laquelle elle se sert des mots. Elle sait tout d’eux et s’ils paraîssent la devancer, l’accompagner ou traîner les pieds, il y a belle lurette qu’elle leur a mis le licou pour les emmener en voyage. Elle les a dressés pour nous les montrer avec la promptitude désopilante qui lui ressemble sur la scène de La Maison de la Poésie devenue un cirque sans piste. Ses partenaires aux allures de musiciens de rues sont des collaborateurs de longue date ; entre eux trois c’est de symbiose qu’il s’agit. Accordéoniste, Matthieu Ha chante de sa voix de haute-contre ce qui n’a rien d’une glose mais ressemble à sa propre version de l’existence. Vincent Granger en fait autant à la clarinette, éloquemment ou narquoisement On n’imagine plus que les neuf poèmes constituant la texture du spectacle puissent exister sans ces musiques faussement désinvoltes, mais très construites, aussi puissantes que surprenantes . Dans les lumières, hors de la lumière, avec micro, sans micro, en robe flamme, avec souliers rouges ou sans, Laurence Vielle est une comédienne joviale, drôlatique. Elle tournoie, et son double en fait autant sur l’écran au lointain, quand feu-follet filmé dans la rue, elle fait se retourner les passants incrédules. La poète, fausse ingénue, entre fée et sorcière dit ce qu’elle croit, ce qu’elle sait. Elle raconte les femmes qu’elle aime ou qui l’attendrissent. Litanies avec syllabes-onomatopées sur des rythmes syncopés, chansonnettes ou ritournelles, toutes entonnent l’amour de la vie, ce voyage, et l’amour de la beauté. Laurence Vielle est accessible, en prise avec son temps et les choses, les gens autour d’elle, enfants, animaux. Et surtout elle s’adapte, elle le dit, et on la croit volontiers. Sans façons elle descend dans la salle, remonte sur scène et le tourbillon reprend. Heureusement que c’est elle qui siffle la fin de la récré sinon, épuisés par la partie de ballon avec course-poursuite, certains auraient été largués, d’autres se seraient peut-être déjà rapprochés de la porte pour rentrer en classe les premiers et se rasseoir là-bas tout au fond dans le coin, pour y poursuivre leur rêve… seuls.
Maison de la Poésie, jusqu’au 17 décembre, mercredi à 19h, jeudi, vendredi et samedi
à 20h30. Réservations : 01 44 54 53 00